C'est à peu près 120 piasses la tonne. Grosso modo c'est 80 si tu remplis ton pick-up. Ça, c'est pour la scrap scrap. Pour une scrap qui a de l'allure, c'est plus ou moins 4 piasses la livre. Cop, aluminium. Vous pouvez ben courir les poteaux. Moi, la scrap scrap, ça me plaît.

21.8.11

CARVI ET OVERDRIVE

J’allais là pour mon problème d’overdrive. Je suis repartie avec des tomates et des concombres de son jardin, soigneusement emballés dans un sac en plastique dont le nœud, ferme, avait été manié d’une tendre et efficace façon. Elle m’avait interpellée de la galerie, soucieuse que je n’oublie pas mes légumes frais, la mère du garagiste, une femme qui en a vues des vertes et des pas cuites, quatre-vingt-cinq ans qu’elle m’avait dit, et elle conduisait toujours le soir pour aller jouer au bingo du village d’à côté.

—Je vais là pour me changer les idées.

J'arrive toujours un peu à l'avance, je n’aime pas faire attendre le monde. Mais j’ai dû attendre parce que le garagiste accusait un peu de retard. En moins de vingt minutes je suis passée de la cour à la balançoire sur la galerie, et puis de la balançoire à la cuisine. Un Seven Up plus tard, je connaissais tout de sa famille. De ses voisins. De sa vie. Je me suis dit oh-oooh, faut absolument que tu mémorises ça toi, chacun de ces détails, ces paroles, ces objets, tout, absolument tout ce qui meuble cette pièce en cet instant même.

Elle a versé trois tasses de vinaigre dans une soupière en me demandant de trouver les graines de carvi dans l'armoire à épices. Trop haute pour elle. D'habitude elle grimpe sur une chaise, mais là, vu que t'es là ça adonne ben. Ça m'a pris du temps, il y avait là-dedans au moins soixante petits pots empilés les uns sur les autres. C'était à peine si mes doigts pouvaient bouger.

Je lui ai finalement trouvé son carvi, et elle a enchaîné sur le prix des poivrons. Les photos de ses petits-enfants. Ses fleurs. Son chien. Elle ajoutait de temps en temps un petit sacre bien senti en déplaçant de l'air pour douze. Ses morts, ses vivants, son bras cassé de l'an passé alors qu'elle fauchait elle-même le foin du fossé.

—Ça s’ra pas ben long, mon gars va s’occuper de ton char.

Elle a déposé sa cuiller à bois de travers sur la soupière et s’est dirigée vers le poste radio. Elle en a étudié rapidement les boutons.

—Écoute ça ma fille, c’est beau.

Un disque compact gravé, ça s’entendait tout de suite. L’enregistrement était de piètre qualité mais le gars chantait comme si c’était le dernier jour de sa vie. Elle a souri en m’entendant fredonner les paroles, ravie que je connaisse sa chanson. J’ai pas osé pas lui demander de baisser le volume. Je me suis contentée de lui dire qu’elle avait allumé le mauvais rond de poêle.

Puis elle m’a demandé si j’avais des enfants, ce à quoi j’ai répondu par la négative.

—Ben fais-en pas ma fille, écoute ce que je te dis!

J'ai ri, elle s’est tue. Elle m’a offert un autre Seven Up.

—Mon gars a le cœur su’a main. Pis l’autre aussi. Il vient de se séparer, sa femme c’t’une maudite folle. On est du bon monde. On écoeure pas personne. T’as l’air d’une bonne personne toi aussi. T'es sûre que t'en veux pas un autre? As-tu faim? Mange quelque chose.

Je l’ai aidée à trouver une douzaine de pots, à la cave, et on les a lavés. Elle m’a dit que la vie n’était pas facile à tous les jours, mais que l’important c’était de garder le moral. Elle est allée remuer sa mixture. Elle l'a jugée fin prête.

—Pas de moral, y reste pus rien. Goûte don’ à ça.

J’y ai goûté.

J'en suis toujours pas certaine, mais je pense qu'elle avait les larmes aux yeux.

—Si ça goûte pas assez, faut rajouter du goût. Y manque-tu quek’chose?

J’ai réfléchit trop longtemps peut-être ou ça ne lui tentait pas d’entendre ma réponse, mais elle s’affairait déjà à corder ses pots et à les emplir un à un. Elle m’a demandé de visser les bagues sans trop serrer.

Sur le réfrigérateur, j'ai remarqué une vieille image de la sainte Vierge maintenue par trois aimants à l'effigie de compagnies différentes. Qui regardait vers le plafond.

Puis j’ai vu son fils, dehors, qui me faisait signe pour que je vienne le rejoindre.



12 commentaires:

Prospéryne a dit…

J'adore ce petit bout de texte Sandra, c'est super beau!

Aka Badeau a dit…

Super cette petite tranche de vie. J'adore. Bisous


F.

Yvan a dit…

À te lire,
ton char sera réparé à peu de frais.
Je connais la solidarité campagnarde, une fois la confiance gagnée.

Tu es dans un autre monde,dear.
Have fun. ;)

s.gordon a dit…

Merci Prospéryne. J'apprécie.

Ouain. Comme dans la toune de Fred Fortin : Tranche de vie, tranche de steak. Ça faisait déjà un crisse de boutt' que ça goûtait pus rien. Grazie pour tes mots Fred, pis bises aussi.

Je me suis sentie dans un autre monde Yvan, c'est clair. Un peu plus pis je restais à souper. Mais mon problème a été réglé (je touche du bois) ailleurs... C'était pas dans ses cordes, un overdrive détraqué. Anyway.

;)

helenablue a dit…

Overdrive c'est une occasion?

Te lire me replonge un peu dans mon enfance, ma grand-mère faisait ses conserves et ses confitures, elle avait toujours une photo de la Vierge sur son réfrigérateur.
C'est la campagne!

Au fin fond de l'Auvergne, j'avais rencontré un homme, Monsieur Pissavin, lui est sa femme vivait encore comme à une époque ancienne, ça m'avait touchée. Les vaches dormaient avec eux dans la pièce d'à côté, produisant la chaleur, l'odeur et le lait. Il m'avait servi, ainsi qu'à mon petit frère une gnôle de sa composition, un arrache-tuyaux de permier ordre, je me souviens encore de l'incendie cuisant! Lui aussi m'avait dit de ne pas faire d'enfant, je l'ai pas écouté et plus frappant encore pour mes presque quinze ans, il m'avait confié entre deux râles épais, n'avoir jamais vu la mer! M'étais promis d'un jour l'emmener lui et sa dulcinée, pas tenue ma promesse. L'ai toujours regretté.

Finalement qui te l'a réparée? Et à quoi elle ressemble ta titine, tu m'en donnes une idée?

Flash Gordon a dit…

Une chose est évidente pour moi à la lecture de ce texte: t'as pas besoin d'un mécano pour réparer l'overdrive de ton écriture.


Mes hommages.

s.gordon a dit…

L’overdrive, Blue, c’est une « vitesse surmultipliée », oui madame - un bidule mécanique qui sert de vitesse supplémentaire. Mais ça peut être une occasion aussi, j'ai rien contre ça. Tout se ramasse dans le domaine du possible quand on le veut bien. Et oui, je le veux.

Tchin-tchin en l'honneur de m'sieur Pissavin et de sa douce. Ça me touche, des histoires de même.

(Soupeurre Turbo Rust & Bump 1.5 litre gris argent montée sur des gros quatorze pouces ornés de caps de roues striés et tchipés, âgée d'une quinzaine d'années. Modif apportée à la barre de stabilisateur parce que ça fait plus Rock, y'knoooow (en fait elle est cassée) et idem pour le cylindre de brake arrière. J'accumule les options Rock, suis à' veille de me partir une comédie musicale mettant en vedette Sylvain Cossette.)

s.gordon a dit…

Flash, t'es smath.

Take care buddy, okay. Kisses.

MakesmewonderHum a dit…

Notre bonheur cé quand té chars pètent en quelque part de nulle part. Tu nous embarques toujours pour une ride avec ta prose lumineuse en plein windshield.

s.gordon a dit…

MmwH, j'espère que ça pètera pas trop souvent quand même. (rires)

Fait du bien de te lire, un gros merci.

Laure K. a dit…

salut Sandra,
j'ai bien aimé digéré ta tranche de steak, elle est servie à point, tendre et quasi saignante de chair et d'os. On y sent le fumet de cuisson c'est dire.

Je ne sais où tu vis, j'aime bien croire que je ne le saurais jamais mais ça s'appelle au moins "imagine toi bien".
J'entame ce soir les Corpuscules...!
wouéé !

s.gordon a dit…

Le ciel est bleu foncé à cette heure-là, mais y'a des petits bouts de rose par-ci, par-là. Merci de ta visite, Laure K.