C'est à peu près 120 piasses la tonne. Grosso modo c'est 80 si tu remplis ton pick-up. Ça, c'est pour la scrap scrap. Pour une scrap qui a de l'allure, c'est plus ou moins 4 piasses la livre. Cop, aluminium. Vous pouvez ben courir les poteaux. Moi, la scrap scrap, ça me plaît.

18.12.08

POLYÉTHYLÈNE HIÉMAL

Fermeture provisoire pour cause de fermeture provisoire.


17.12.08

ALMANACH DU PEUPLE

Je cherchais Starless and Bible Black sur Youmachin. Je venais de me souvenir qu'à la 11e minute 16e seconde, c'est bon en christ. Mais y'a rien avec Robert Fripp. Fac d'la marde, voici une recette de risotto.

1 oignon
1/4 de tasse de beurre
2 tasses de riz Arborio
1/2 tasse de vin blanc
4 tasses et demi de bouillon de poulet
1 tasse et demi de parmesan Reggiano râpé
poivre

1. Oignon, beurre. Suer.
2. Riz. Enrober.
3. Bouillon chaud. Ajouter à coups de 1/2 tasse.
4. Attendre en buvant l'autre moitié de la bouteille.
5. Fromage. Ajouter.
6. On se laisse aller. Asperges. Champignons. Whatever. Des roches, si vos convives vous tapent sur le système.

Ah. Tiens. On rigole bien des joe-machin. Pas là, là. Mais de temps en temps, tsé. Le plus connu, c'est le ti-joe connaissant. Mais y'a aussi le hey-joe-I-said-where-do-you-go-with-that-gun-in-your-hand, très connu également certes, pis ça me tentait de l'entendre parce qu'il me tape moins sur les nerfs.

13.12.08

À SAUTS ET GAMBADES

Je me confesse avec aise et candeur. J'aime le trad.

11.12.08

VEILLÉE DE NOWELL CHEZ MONONC' ANDRÉ




Party de famille. Sandwichs pas de croûtes. Minuit moins vingt, autour du sapin.


ANDRÉ
Qu’est-ce qui peut arriver de pire pour un vampire ?

BRUNO
J’sais pas…

ANDRÉ
Qui se fasse du mauvais sang ! (Il éclate de rire.) C’est quoi, l’expression préférée des vampires ?

BRUNO
J’sais pas… « Bon sang » ? On ouvre-tu les cadeaux?

ANDRÉ
Ah ben tabarnak, tu la connaissais ?

BRUNO
Non. (Il rit.) Hein? On les ouvre-tu?

ANDRÉ
T’es un p’tit vite, toé. (Il vacille.) Ok d'abord! Tu veux faire ton smatte, hein? Dis-moé donc comment tu fais pour faire crier une femme deux fois ?

BRUNO
Je le sais pas, mais je sens que tu vas nous l'dire.

ANDRÉ
La première fois, tu l’encules. La deuxième, tu t’essuies sur ses rideaux. (Fou rire.) Ostie qu’elle est bonne ! Hein ? (Les femmes rouspètent. André se tourne vers elles.) Quoi ! C’t'une joke ! (Il s’assoit et prend une gorgée de sa bière.) Bruno, faut que je t'explique quekchose. On va parler entre hommes… Ferme ta caméra.

BRUNO
Ahhh. Come on, mononc'...

4.12.08

ACTE MANQUÉ


Trois témazépams et on s'endort le slip aux chevilles.

Orphée la brute, la traîtresse lubrique peinturlurée au charbon ardent, ignore tout du savoir-vivre et débarque comme une garce de fond de ruelle en se lamentant à votre place.

Ça m’apprendra.

* * *
L'eau dans l'ombre Christophe Miralles


2.12.08

LOIN DU GRAND-PÈRE GRABATAIRE. DERNIÈRE PARTIE.

J'avais le goût de préparer un billet à propos du show que Neil Young a donné hier soir, mais j'ai changé d'avis.

C'était à vous autres de couper dans l'épicerie, pis de vous offrir un billet. Hé hé.

My. My.

(Y'a beau être plogué su'a glucosamine, d'après moi il ne refera pas quinze autres tournées.)

(Y'était en forme, le bonhomme. Y faussait de temps en temps, mais who cares? La septuagénaire que j'ai croisée peut-être? Ou bedon le kid de 10 ans qui accompagnait son père? La gang coiffée de mohwaks? La gonzesse qui n'arrêtait pas de pépier à côté de moi? Nah. Personne, sauf les gros cons.)

(Le son n'était pas assez loud à mon goût. )

(N'essayez pas de fumer un joint dans le Centre Bell, y'aura toujours un blaireau pour vous stooler.)

(Vous pouvez toujours opter pour un peu d'alcool fort dans une bouteille Naya. Ça fouille pas gros.)

(Mon caca nerveux : pourquoi y font pas plus de t-shirts de fille? Deux modèles, et puis basta. Si t'es pas contente, pogne-toi un modèle pour homme qui va te servir de pyjama. Ou ben prends-toi un poster. J'm'en crisse du poster! Du chandail avec! J'en ai pris un pareil... Un t-shirt.)

(Y'a un gars qui peignait une toile durant tout le show, installé en arrière des musiciens. Du live performance. Mais on n'a jamais vu le résultat final. C'était quoi le but? Butch, c'était toi?)

(Y'a fini le show en ravageant ses cordes. J'ai eu peur que la gratte y passe. Meuh non.)

(Avoir Neil Young comme grand-père. Ça doit être sympa.)

(En sortant du concert, j'aurais pu donner mes commentaires à CBS. Great show, yeah you know, it was great to sing happy birthday to Peggy, and the solos were not that interminables as I thought, as I wish they would be peut-être, quand on y pense, c'était just ben bon, ben simple, comme du Neil Young tsé, you know, y s'en fait pas des accroires lui, ça sonne sale pis dirty pis y bouge en esti, ça, faut lui donner ça, surtout after une rupture d'anévrisme... Far from the grandpa grabataire. Mais je me suis retenue. Mon anglais n'est pas au point.)



28.11.08

MY NAME IS NOBODY

« Mais alors, dit Alice, si le Monde, vraiment, n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? »

Lewis Carroll. Alice au pays des merveilles, 1865.


* * *

Dans la nuit bleue lavasse De sa paire de Levis Arrivée au pubis De son sexe corail Écartant la corolle Prise au bord du calice De vertigo Alice S'enfonce jusqu'à l'os Au pays des malices De Lewis Carroll

Variations sur Marilou. Paroles et musique : Serge Gainsbourg

* * *


Next monday, honné.

21.11.08

LA BRUNANTE

J'ai garroché mon restant de café sur une libellule. Sans le faire exprès. La pauvre. Je m'avance sur le quai. Je trust pas la chaloupe. Fiberglass patchée. Mais j'ai le goût de ramer. J'aime ça ramer au p'tit matin. Regarder les corps morts dans le fond de l'eau. Les patineuses qui dessinent des ondes. L'eau qui s'infiltre sous mes pieds.

15.11.08

IL S'EN BALANCE

Faudra que je réécoute l'entrevue, j'ai rien compris. Complètement obnubilée par les fauteuils.

LES MOUCHES VOLENT CROCHE

Banc de parc, cinq heures moins vingt. Je prends l'appéro dans un verre Tupperware pendant que le soleil se couche. Il fait ça drôlement vite, que je me dis. Bah. Au pire, j'ai ma tuque. Le terrain de pétanque est tapissé de feuilles mortes, les mouches volent croche, et des chiens se reniflent l'anus. Plus loin, un gars se pratique au lancer du javelot. Avec un bâton d'hockey. Y'a l'air saoul, borderline ou déprimé. Peut-être ben les trois en même temps. Un café, une rôtie! qu'il clame en poursuivant son chemin. Deux pas, un lancer. Ramasse. Garroche encore. Et s'en va. Journée morne et ordinaire. L'ai commencée à quatre pattes à vomir de l'ibuprofène, ai lavé les chiottes comme si ma vie en dépendait, et là, je sors ma tuque parce que c'est pas chaud. C'est pas chaud, mais on est ben. Paraît que je suis plus gentille quand j'ai mal au ventre. Pfft.

13.11.08

DU NEUF












Deux nouveaux morceaux sur leur site.

* * *

9.11.08

KIRI, KLENDAKS ET CALOMNIES


C'était avant la loi antitabac du 31 mai 2006. Ils avaient divisé la salle en deux à l'aide de panneaux de plexiglas. C'était propre propre propre, mais y'avait pas un chat. La section non-fumeur ne faisait pas fureur. De l'autre côté parzemp', c'était une autre affaire.

Cette soirée-là, on se préparait pour une cagnotte de cinq milles dollars. Hot dog steamés, patates frites, onion rings, coke diète : c'était déjà le temps de l'interruption, et on faisait la file à la cantine pour dévorer son anxiété.

Margot sortit son sac de klendaks et elle se versa du Kiri à la fraise dans un verre en polystyrène. Son argent, elle préférait l'investir dans ses cartes de bingo. Elle s'était installée à l'écart, une heure avant le début du jeu, et elle occupait une table entière à elle seule. Ce soir, c'était the big soir. On avait refusé des gens à l'entrée. C'est pas creyab', fit une voix, gare-là, elle, a prend une tab' à elle tu seule.

Margot prit une cigarette dans son plat Tupperware et se nettoya le dentier. Ça colle aux dents, des klendaks. Les bruits de succion poisseux et de cliquetis écoeurèrent les voisins. Le jeu reprit et déjà, la cantine mobile se promenait dans les allées. Du mauvais café, des chips au ketchup, des barres de chocolat. Garde le change, ma grande. L'animateur, juché sur son piédestal, envoya une quinte de toux dans le micro. Le B10 sema la confusion. Les yeux se braquèrent simultanément sur les quatre tableaux électroniques. Il parle donc ben mal, on comprend rien. Margot, elle, est habituée : ses deux séries de vingt cartes sont déjà marquées d'un mauve foncé.

Des voix s'élevaient dans la foule à chaque boule nommée, comme un concert de syndrome de la Tourette. À la fin de chaque jeu, on appréhendait l'exclamation maudite. Plusieurs malmenaient leurs cuticules. Les cendriers étaient remplis de peaux mortes et de mégots.

Ce soir-là, c'est Margot qui cria «Bingo». D'un souffle court, d'une voix rauque. Elle quitta la salle sous les regards foudroyants de ses voisines de table, traversa le stationnement jusqu'à l'arrêt d'autobus et prépara son ticket. La 131 s'approchait.

«Puis, Madame Gagnon?» demanda le chauffeur.

- J'ai de quoi enterrer mon mari comme du monde.

8.11.08

«FARME TA BOUCHE, TU VAS AVALER DES MOUCHES»

C'est ce que mon père me disait quand j'étais jeune. Une des affaires les plus sensées qu'il m'ait apprises. Il me l'a si souvent répétée, cette foutue injonction, qu'aujourd'hui je peine à ouvrir la bouche. C'est comme une maladie mentale : je repère les ouvertures béantes et les lèvres molles qui pendent comme des morceaux de gras ballants et je me dis où sont les muscles? où sont les nerfs? Ho, joe-zombie, y'a de la vie là-dedans?

La forme de la bouche et des lèvres est contrôlée par un ensemble complexe et tridimentionnel de faisceaux musculaires qui comprend des releveurs, des rétracteurs et des éverseurs de la lèvre supérieure; des abaisseurs, des rétracteurs et des éverseurs de la lèvre inférieure; un sphincter composite (oui monsieur) entourant l'ouverture orale; un muscle buccinateur, situé dans la joue; un muscle dilatateur et un muscle mentonnier.

Me semble qu'il y a assez de stock là-dedans pour éviter le faciès ahuri, non?

Tête de poisson, tournée vers la droite, la bouche ouverte
Vogtheer Heinrich

2.11.08

ORIGINES

Novembre. Fait frette. Tu parles d'un sale temps pour se mettre le nez hors de la jaquette de la madre. Y'é né myope, qu'y dit. Comment y'a fait d'abord, sans lunettes, pour étudier le Bescherelle, hein? Moi je dis que c'est n'importe quoi.

J'crois plutôt qu'y est né en position de siège, juste pour écoeurer, pis quand y'é sorti... ben... y s'est placé la main sur son torse rose de petit bébé - de même, là - pis y'a dit :


« J'ai un Apgar de 15 sur 10, c'est ça? »


Y s'est retourné vers sa mère, et il lui a fait un clin d'oeil.


* * * *

J'ai pris de l'avance. Joyeux anniversaire!

KIN. LEARN FROM THIS.




Après on viendra me dire que les chiens ça vaut pas d'la marde. Take a seat, on va se jaser.


31.10.08

SANS LA MUSIQUE, LA VIE SERAIT UNE OSTIE DE BELLE ERREUR

Un top 5, c'est trop de trouble. Sur le net, on ne trouve pas toujours les morceaux qu'on veut. Et quand c'est le cas, y'a toujours un diapo d'images pourries et des intertitres assommants qui viennent avec.

Et ça , ça scrappe l'entreprise. J'illustre (mais y'a pire) (y'a toujours pire, tsé) :



L'idée d'un ANTI top 5 m'est venue à l'esprit. Choisir 5 fientes musicales à partir d'un bassin abyssal est un exercice.... hum... ardu. Ça a l'air de rien, mais c'est du trouble pareil. En cette journée d'Halloween, j'ai décidé - mais ça n'a pas duré longtemps - de me déguiser en col brun dans un centre de tri. J'ai écouté le chant de mes borborygmes matinaux - ô doux prélude des grosses commissions - plutôt que de tendre l'oreille à mon artère principale. Celle qui fait baaaaaaattre mon coeur. Chemin faisant, je suis tombée sur une perle de bonne merde. Une perle de ma merde, dis-je bien. Car tous les goûts sont dans la nature, n'est-ce pas, et un tien vaut mieux que deux n'amassent pas mousse tu l'auras et puis vient à point qui sait lécher, m'enfin. Vous voyez le genre. Une perle, donc, de merde, qui me rappelle un genre entier de musique de merde. Quand je l'entends, c'est pas mêlant, j'ai le goût de - ouain OK, ça va faire les élans scatos.




J'en ai trouvée une. Une parmi tant d'autres. Mais y'en a trop. Et ça prendrait trop de temps. Ça m'a découragé. C'était une idée de merde, finalement, cet anti top 5. Un vieux klennedaque chéssé dans le fond de l'armoire me procurerait bien plus d'agrément en cette nuit d'Halloween.

Ça fait que je vais respecter mon engagement auprès de la grande française, miss H, qui m'a tapé su'l'épaule en début de semaine.

1. À mon grand bonheur, j'ai trouvé la réalisation d'André Leduc. 1969. À cette époque, j'étais encore loin dans le planning familial. Mon père devait bien plus se préoccuper de sa Charger modifiée que de ses futurs beubés.





Tout écartillé, paroles et musique de Robert Charlebois et de Marcel Sabourin

2. C'est aléatoire, hein, l'ordre de tout ça. Mon chat s'appelle Léo pis mon chat, j'l'aime en christ. Y'a pas de petites mains comme des raquettes, parce que c'est un chat, on s'entend-tu. Donnez-moi une île pis des animaux - comme lui là -pis chuis une femme comblée. En attendant, ben... je vais l'écouter pis me dire fuck, j'ai des frissons.



Le chien de Léo Ferré
À entendre, aussi, Des armes (de Ferré) - version Bertrand Cantat

3. La musique, c'est une question de survie mentale. Y'a pas gros d'accords dans celle-là, mais elle me rentre dedans comme une poignée de Paxil. Essayez-la dans un char, quand vous partez en vacances, la valise remplie de cossins de camping. Au lever du jour, sur la grand route. Une bouteille de Jack en dessous du siège, mais ça, c'est facultatif.



I'm the ocean de Neil Young (avec Pearl Jam)

4. J'ai choisi celle-là pour être d'actualité, mais je mens d'la marde parce que j'aurais pris Je me dore si elle avait été disponible. Si j'pouvais te donner mes poumons, mister, je le ferais volontiers. Mais ils s'en viennent aussi pourris que les tiens. Tes mots, parzemp', et ceux de Fauque et autres collabos... Si je peux me permettre, c'est le cancer du talent qui va t'éteindre. Un jour. Lointain, j'espère.





Je tuerai la pianiste de Alain Bashung

5. Damn. C'est toff. Vas y aller pour un beat vicelard et salaaaaaaaace. Mettez ça à fond et vous vous transformerez en bête humaine. Pour l'Halloween, vaut mieux ça qu'autre chose...genre un clown. C'est épeurant, un clown. Mais un clown qui sussure à la Gainsbourg...damn!




Et : Bien entendu, Richard Desjardins, Les Yankees. Nous sommes nombreux à l'aimer, celle-là. Nous sommes nombreux à brailler sur cette toune-là. À se dire comment est-ce qu'un gars peut inventer une affaire de même? C'est pas du Paxil, c'est pas de l'Effexor, c'est pas du Jack ni rien. C'est sacrément humain pis c'est beau comme ça se peut pas.

Mais ça se peut. C'est du Richard.

29.10.08

UNE HEURE MOINS DIX

Nous sommes le 28 octobre.

L'automne, c'est beau. Les feuilles couleurées qui tombent, peu à peu et qui jonchent le sol. Hier, j'ai vu mon voisin shaker les branches de ses arbres afin d'accélérer le processus naturel des feuilles qui tombent. Il a sorti son engin stupide pour les souffler pas-dans-sa-cour. Ouais. L'automne, c'est beau.

Avant d'aller pieuter, j'ai regardé par la fenêtre.

Ça y est.



Il neige dewor.

26.10.08

CAN I HELP YOU DEER ?



Si mon dimanche pouvait parler, peut-être ben que ça ressemblerait à ça.


25.10.08

TRIO WINNER

Le trio winner, c'est pas Koivu, Ryder et Kovalev.

C'est le silence (de l'homme), un feu de camp et une doudoune.

Le récit des origines, le sujet oedipien et la réécriture peuvent ben prendre un numéro comme à la Boucherie du Marché. J'ai le goût de me fermer les yeux deux minutes.




C'est comme essayer de prendre en photo une aurore boréale. Avec son cellulaire.

Et tous ces gens qui traînent leur bouteille Nalgene comme s'ils allaient mourir de soif dans un pays qui compte j'sais pas combien de lacs. Damn.

Et puis y'a les joe-chansonneux, autour d'un feu de camp, qui s'enorgueillissent de connaître trois quatre accords. Moi j'en connais zéro pis j'en fais pas tout un plat.

Je les hais comme je hais profondément les araignées d'eau. Je les appelle les salopes (les araignées).

Pour les salopes, ça remonte à loin. Mon père en avait fracassée une - avec une rame - pis j'avais reçu le jus sur ma jambe.

«Autour d'un feu, les gens se sentent obligés»
Hamelin, Louis. Betsi Larousse ou l'ineffable éccéité de la loutre

Mais des fois, je fais des exceptions.

Quand quelqu'un connaît plus que trois quatre accords, et que son répertoire m'oblige à taper du pied.

La ruine-babines, j'aime ça même si c'est joué de façon approximative.

Mais je préfère encore quand tout le monde se ferme la bouête.

Le feu qui crépite pis les back vocals des ouaouarons, c'est pas assez?

24.10.08

CHRONIQUE MODE

Comme le dirait si bien Stéphane Dion : «Le secret pour bien marcher en talons hauts, c'est de pas en porter, tabarnak!»

Fin octobre, j'veux des chaussures. Mes paires de gougounes sont :
a) pus assez chaudes;
b) maculées de boue provenant de Masteuiash;
c) toutes ces réponses.

J'adore marcher pieds nus. Mais faire ça l'hiver - au Québec - c'est dangereux pour le système immunitaire et, entre vous et moi, ça relèverait d'un problème de santé mentale. J'ai assez de troubles de même avec mon esprit, faudrait pas que le corps s'y mette en plus.

Y fait beau, je zyeute les vitrines. J'haïs ça, zyeuter les vitrines. Mais y fait beau. Pis j'veux des chaussures.

Mais en octobre, y'en a pus, de chaussures. C'est le festival de la botte dans les contrées nordiques.

Hein? C'est quoi, ces osties de bottes laides là?

C'est des néo-bottes de cowboy, ou des bottes de néo-cowboys j'sais pas comment dire, fusionnées avec un look des années 80. Heille, menute. J'étais peut-être jeune, dans les années 80, mais j'étais pas trop jeune pour comprendre que les vestons à épaulettes, les cotons ouatés difformes pis les leggings à élastique C'ÉTAIT LAID EN OSTI.

Pis là... ben. Ça revient. Les années 80 reviennent à la mode. D'une façon détournée, vous me direz, mais elles reviennent quand même.

C'est-tu une joke?




Des néo-bottes de cowbow, donc, et des bottes à franges (christ, des franges!!!), des bottes à pitons en métal, des bottes flanquées de ceintures, de straps, de gling-gling ou de christ de dessins laids...

« Vous cherchez quelque chose en particulier, mademoiselle? »
-Euh. J'admire vos immondices.
-Pardon?
- Euh, non, merci. Je re-gar-de...

Quatre pouces de talon? Cinq, peut-être. Ça coûte combien, c't'affaire-là? Je retourne la botte, le prix est collé sur une semelle qui est lisse lisse lisse... douce douce douce...

Lisse lisse lisse, douce douce douce. Fuck! Kesse-tu fais avec des bottes de même su'a belle glace bleue d'un trottoir en pente, à moins trente degrés, quand y'a verglacé la veille?!?!

Tu-fais-dur-en-christ.

Ah! Y'a des chaussures au fond du magasin. Dans un gros bac. Une vente. Je fouille.

Des petits souliers de ballerines, avec le dessus ouvert béant. Sont quioute. Mais t'auras beau enfiler des chaussettes de polypropylène surmontées de laine de yack, tu vas attraper la mort là-dedans.

Je fouille encore.

Des souliers de matantes. Les lowfers bruns.

Je fais le tour. Rien trouvé. Ai fait ça dans cinq magasins différents.

Mais je suis rentrée à la maison avec une nouvelle acquisition.

Une maudite belle poubelle de cuisine de 18 litres, blanche, avec seau intérieur et pédale en métal. Un vrai bijou.


Fin de la chronique mode. Y'en aura pas gros icitte.

23.10.08

SLAQUE PAS LE JACK, LA PORTE-PATIO EST GRANDE OUVARTE

T'en voulais des moins dix degrés.
Ben tu les as astheure.
N'oublie pas que c'est toujours le premier verre le meilleur.

Y'aura pas d'hiver cette annééééééééééééééééééééééééééée
Haaaaaaaaa haaaaaaaaaaaaa ahhhhh ahhhhhhhha ahhhhhhhhhhhh ahhhhhhhhhh ahhh ahh ahhh



a) Plaisir, principalement celui des sens, à rechercher en tout temps.
b) N'implique pas seulement jouir d'un plaisir, mais aussi utiliser sa raison pour évaluer correctement les conséquences à plus ou moins long terme de nos choix.
c) Le plaisir recherché, ce bien suprême, ce n'est pas la jouissance, mais l'ataraxie - tranquillité intérieure que rien ne saurait troubler.
d) Vie rigoureuse faite de privation et de sacrifices, impliquant une discipline sévère sur les plans physique et spirituel.
e) L'absence d'objectivité de toute norme morale, la mort de Dieu.

.

19.10.08

DU CÔTÉ DE CHEZ BOUCHARD

Bouchard, le blog.
Ici, la galerie.
Pis là, aussi.

INTERLUDE DOMINICAL POUR UN HIVER QUI S'EN VIENT PLUS VITE QU'ON NE LE PENSE...

... pis moi, ça me convient bien.






Kessé qu'elle a à se plaindre, elle, sur du Bartok?

Elle a un char, pis un North Face.

Come on. Pelleter, ça fait digérer.

15.10.08

CAP VERS LE NORD

Stéphane, y trippe sur Richard Desjardins. De temps en temps, quand y file pas, y couche dans son char. Juste de même, pour le kik. Y s’installe au boutte du chemin, près du gros chêne millénaire, pis y met ses cd dans l’tapis. Pis c’est pas des copies.

Mais en général, Stéphane s’ennuie. Y’a personne dans vie. Y se promène au centre d’achat, avec son lecteur mp3. Que des tounes encodées de Richard Desjardins. Eh oui, c’est ça la vie. Les mulots, les colibris, les papillons, les canards. Stéphane pète une coche et entre dans le petshop. Avez-vous des chiens mexicains ? La fille comprend rien. Des quoi ? La laiiiiiiiiiiiiiiisse d’un chien. La fille fait des yeux à son boss, qui rapplique au plus vite. Stéphane se met à varger sur le comptoir. C’t’un beau piano, ça, hein ma Rose-Aimée ? Tiens kiss my ass, la solitude ! Le gérant est nerveux. Les gens s’éloignent. Un enfant se met à brailler.

Stéphane stoppe net, se retourne. Monsieur, on vous demanderait de quitter le magasin. Mais Stéphane s’approche doucement de l’enfant. Nous aurons des corbeilles pleiiiiiiiiines, des roses noires pour tuer la haiiiiiiiiiiiiiiine. C’t’un fou, ça, christ ! crie la mère.

Quand y revient chez lui, y se dit toujours à soir, c’est un peu trop tranquille. Y’é tanné de faire la même affaire. Ça fait qu’y regarde sa map du Québec. Chibougamau ? Pas aujourd’hui Stéphane, t’es pas prêt encore. Où d’abord ?

Kanasuta….

M’en vas drette là, osti ! Rouyn-Noranda ! Kanaaaaaaaasuta, I’m coming !

Y’é fou comme d’la marde. Y ramasse deux trois affaires, embarque dans son char et fait cap vers le nord.

À mi-chemin, Stéphane a faim. Il s’arrête dans un IGA pour y acheter une pizza au tomate pis une douze de Wild Cat. C’est le show des couche-tard, à CFLO Mont-Laurier, et y’a Jean-Pierre qui annonce moins douze degrés pour c’te nuitte. Ça fait tilt dans sa tête, y devient toute énarvé. Y’é où mon mégaphone, y’é où mon mégaphone… C’est le vent du nord qui va percer mon jacket ! Heille, le vent du nord, tu veux faire ton smatte ? Tu veux-tu me tuer ? qu’y se met à crier. La sécurité l’a sorti. Stéphane est un incompris. Well let’s drink to that !

Y file romantique, Stéphane. Y se dit lucky lucky en osti d’en arriver là. Pis y se met à chanter. Ça fait longtemps que je t’atteeeends… Kanasuta ! qu’y rajoute, tout sourire. Le paysage défile lentement, Stéphane se rapproche du but. C’est beau, c’est long, c’est délicieux. Y tapoche sur le steering.

Je ne plierai que devant la beauté !

Y se répète ça trois quatre fois. Kanasuta apparaît tranquillement sur les pancartes. Droite, droite, les kilomètres s’égrainent, la route devient garnotte.

Je ne plierai que devant la beauté !

Y’en a qui disent que c’est là où les esprits se rencontrent. D’autres disent que c’est là où les diables vont danser. Kanasuta. Y’a la rivière, y’a le lac, y’a la forêt… Pis y’a le mont, aussi. Le mont Kanasuta. Stéphane arrive au boutte du chemin, après avoir suivi les indications.



Pis y s’arrache les dentiers.




Fffff'est fquoi, fça, tfafbarnakff ?!?!

...

11.10.08

ANAMNÈSE AUTOMNALE


Pour les mardeux qui troquent la dinde contre une fondue à l'orignal, et le petit blanc sec contre du gros gin.

10.10.08

UN GROS BUCK DANS' BOÎTE DU TRUCK


Jean-Guy ne s’attendait pas à payer le gros prix. En montant à Clova, Réjean lui avait dit tu l’entends pas ton rattle ? T’es sourd ou tu fais à semblant ? Ça a pas d’allure, Jean-Guy, y va falloir que tu y vois. J’entends rien, moi, que Jean-Guy répétait. Il s'est efforcé de rire pis y s'est étouffé noir. Ben voyons donc. Avoir su ça, on se serait arrangé autrement. Y’a pas de quoi s’énarver, Réjean, on va se rendre, on va se rendre... Mais l’autre, y en rajoutait tout le temps : T’es sûr que tu veux pas t’arrêter, on pourrait faire checker ça… Non, non, non. Inquiète-toi pas. On va s'arrêter pour manger une patate t’à l’heure pis le moteur va prendre ça easy un petit peu. Ça va être correk... Ouain, ben penses-y ben comme il faut, parce que tu ne trouveras pas personne pour te donner un coup de main, une fois qu’on va passer les 40 miles de garnotte pour se rendre au camp. J’te dis que tout est correk. T’as peur que je scrappe ta semaine à’ chasse ? Si j’te dis qu’on va se rendre, c’est qu’on va se rendre. Pis on va même redescendre avec un gros buck dans’ boîte du truck ! J’te le dis, moé.

Réjean n’est pas convaincu. Clova, c’est pas la porte d’à côté. Jean-Guy veut pas le dire, mais il l’entend, le rattle, lui aussi. C'est ben certain. C’est pour ça qu’y grimpe le son de la radio pis qu’y fait à semblant que tout va bien. Mais il l’entend pareil, pis fort à part de tça. Y'a la petite lumière rouge qui vient de s’allumer, le moteur a d’la misère. C’est le show des lève-tôt, à CFLO Mont-Laurier, et y’a Julie qui annonce moins douze degrés pour c’te nuitte.

Christ, Jean-Guy, que Réjean dit.

C’est vrai que ça’ a pu de bon sens. Jean-Guy parle pas, mais y pense en sacrament. C’est garanti qu’on se rendra pas. C’est pas rien qu’un rattle, qui se dit, c’est plus sérieux que ça.

La pancarte du Lac Saguay leu’ passe sous le nez. Au virage, drette dans une toune d’Isabelle Boulay, la machine donne deux trois à-coups et s’affole. Jean-Guy a perdu le contrôle. Le pick-up patine su’a chaussée, semble attiré par le fossé. Réjean est su’l gros nerf, y’empoigne le steering. Jean-Guy, christ ! Pourquoi tu m’écoutes pas quand j’te parle ? Colice de bucké à’ marde ! En moins de temps qu’il faut pour le dire, y garoche son Export’A par la fenêtre pis y pèse su’l genou de son compagnon de chasse. Le pick-up s’immobilise. Colice, Jean-Guy ! J’te l’avais dit ! Ostie de viarge de colice !

Réjean s’en veut, c’est ben sûr. D’être là. De ne pas être parti à chasse avec un autre gars que Ti-Guy, pis sa machine pourrie. De ne pas avoir pris son truck, son beau Chevrolet Kodiak de l'année. Mais la garnotte, c’est pas bon pour la peinture flambette. Le sang chéssé dans’ boîte du truck, ça fait pas propre. Y s’en veut aussi – mais ça, il ne le dira jamais - de ne rien connaître aux fuck mécaniques. L’entretien, les mises au point. Pour lui, c’est du chinois. Mais là, quand même, y’a un maudit boutte à toutte. Ti-Guy, y’é pas à son affaire pantoute.


Ti-Guy?


* * * * *

Vers l’heure du midi, le téléphone sonne chez Ghislaine. Acceptez-vous les frais, qu’on lui demande. Ben oui. Elle brasse sa sauce à spéghatti. Allô ? Réjean ? Vous vous êtes pas rendus ? Y’é où, mon Ti-Guy ? qu’a demande.


Y’a faite un infractusse du myocarpe en montant. Inquiète-toé pas, Ghislaine. Y devraient le réchapper.


8.10.08

QU'EST-CE QUE J'AI FAIT?

«J'aime mon prochain mais je me domine »

Pierre Desproges

6.10.08

COME AND SEE AND I SAW


Kin. Pour débuter la semaine.

5.10.08

SONNEZ LES MATINES



On (qui exclut la personne qui parle bien entendu et qui, dans le présent cas, inclut Christian Mistral - via The blog of the blogs) m’a tendu une bien ravissante perche ce matin*. Ça fait qu'après une heure de sténo hystérique, de rewind et de caféine, je vous livre cet extrait en guise d'office des matines. Quel sapré bougre, ce Jack Kerouac. Et ma foi, fort plaisant à zyeuter.

Fernand Séguin : Le premier qui a assuré votre succès, là… On The Road. Vous êtes devenu le fondateur de la Beat Generation. Qu’est-ce que c’était, la Beat Generation pour vous ? Parce que tout à l’heure, euh… on disait de vous…

Jack Kerouac : Ben y’avait la Lost Generation de 1920… pis c’était 1940-1950… pis on disait qu’est-ce qu’on va appeler ça, qu’est-ce qu’on va appeler ça ?

FS : C’est vous qui l’avez inventé, ce terme-là… Beat Generation ?

JK : J’attendu… ouais… J’attendu des vieux vieux bonhommes dire ça dans le su’, des vieux nèg’, « Beat ».

FS : Dans le sens de… écrasés ? Vaincus ?

JK : Oui. Pauvres. Après ça, j’ai été dans la petite église de Sainte-Jeanne-D’Arc. Pis tout d’un coup, j’ai dit Ha-Ha ! Beat… Béate.

FS : Béatitude ?

JK : Ouuuh.

FS : Ça a changé de sens alors dans votre esprit…

JK : Beato en italien. Beato. Béatifique en français.

FS : Mais est-ce qu’y avait pas aussi le sens de Beat (Il claque des doigts) de l’orchestre Jazz ?

JK : Ouais… pis le sens de tça (Il rame) pis de tça (Il rame toujours). Comment qu’on fait ça ? Les canous ?

FS : Les canots.

JK : Pis le drum. Poum tchouk poum. Pis euh… toute… C’pas important. Le nom est pas important.

FS : Mais, euh…

JK : Les enfants sont importants.

FS : Mais vous dites que le nom est pas important, mais vous refusez d’être appelé un Beatnik. Vous n’êtes pas un Beatnik ?

JK : Le Beatnik, c’est un terme euh… ouh… ouh… J’avais un beau mot pour celui-là. (Rire général) Dénigrateur ? Denegrading ?

FS : Péjoratif ?

JK : Péjoratif !

FS : C’t’un beau mot !

JK : Inventé après spoutnik. Tsé, pour faire avoir d’l’air les ti-idéalistes de l’Amérique qu’y font de l’indépendance… d’avoir d’l’air comme des Russian spies. Nik. Beatnik. Spoutnik. Peacenik.

FS : En somme, ce que vous voulez dire, c’est que… à partir du mouvement de la Beat Generation, qui était un mouvement littéraire et même un mouvement poétique…

JK : Politique ?

FS : Poétique.

JK : Poetic ?

FS : Oui.

JK : Ben littéraire, c’est poétique !

FS : Mais je veux dire de la prose et puis des vers, aussi. Des choses qui…

JK : Ah oui, ah oui. Des verses. On dit pas « verses » ?

FS : Vers.

JK : Ah yeah ?

FS : À partir de…

JK : Pourquoi d’abord qu’on dit pas « verses » ? Humf. (Rire général)

FS : Pourquoi pas ? Y’avait de la prose pis y’avait du verse.

JK : Oh boy !

FS : À partir de ce mouvement central, qui lui était littéraire disons, y’a des parasites qui sont arrivés. Des gens qui ont voulu faire semblant de faire partie de ce mouvement-là. Et qui eux étaient des…

JK : Des bohemians. Des bohemians y’ont arrivé avec leur barbe pis leurs sandales, placés tout alentour, toute la nuitte, pis y m’watchaient. Pis ci, pis ça, pis.... Y faisaient pas rien. Pis y travaillaient pas, pis... On a toute travaillé, les écrivains ! Toutes sortes de jobs… J’étais un journaliste une fois. J’t’encore journaliste… Pis euh… Ça a donné un… c’est plus important que ça. J’tais fâché à propos de ça, y’a dix ans. Quand les bohemians y’ont rentré. Mais après ça, les jeunes y’ont commencé à renter. Astheure, ils s’appellent Now Generation… Action Generation ou ben… sans nom. Love Generation. LSD Generation. Mais, c’est des enfants aujourd’hui, les nouveaux. 18, 19, là. J’sais pas qu’est-ce qu’y vont faire mais… moé, j’suis assez vieux pour être leur père, là.

FS : Oui, ça c’est …

JK : 45 !

FS : C’est le diable qui se fait ermite, là.


JK : Hein, le quoi ? (Rire général)

FS : The devil that turns hermit.

JK : Qu’est-ce que ça veut dire, ça ?

FS : Maintenant que vous…

JK : Le diable devient ermite… Y’a jamais été ermite, c’t’orgiastre-là. Hé Hé.

FS : Maintenant que vous avez 45 ans, là, vous regardez les jeunes pis vous dites ben euh, j’pourrais être leur père.

JK : Les nouveaux jeunes… sont fins. Pis y cherchent de quoi.

FS : Si vous aviez 20 ans aujourd’hui, est-ce que vous referiez la même chose que vous avez faite ?

JK : Ben, je l’ai déjà faite, j’suis tanné. (Rire général)

FS : Dernière question, en 30 secondes. Qu’est-ce que Jack Kerouac pense de Jean Kerouac ?

JK : Euh… Qu’est-ce que ça veut dire ça ?

FS : What do you think of yourself ?

JK : Oh ! Qu’est-ce moé je pense de moi-même ?

FS : Oui !

JK : Je suis tanné de moi-même. Ben, j’sais que je suis un bon écrivain. Un grand écrivain. J’suis pas un homme de courage. Pis euh… Mais y’a une chose que je sais faire, c’est écrire des histoires, c’est toute.



Fernand Séguin rencontre Jack Kerouac, le 7 mars 1967.
*En espérant le tout conforme à votre entière satisfaction. C'est vrai qu'un "on", ça fait pas mal anonyme.

4.10.08

IL ÉTAIT UNE FOIS

Hier, j'ai rencontré un vieil italien pas trop commode. Il devait avoir soixante ans passés. Quand il m'a filé sa carte d'assurance maladie, j'ai souri. J'ai regardé le bonhomme et je lui ai dit :

"C'est tout un prénom que vous avez là, monsieur."

Son faciès s'est transformé, ses traits se sont adoucis et il m'a répondu, souriant et plein de fierté :

"Ouais. Je sais."

Sergio-Leone

Le gars y'é né dans les années 30 ou 40. Ses parents ont peut-être eu une vision à sa naissance ou ben le bonhomme a décidé de modifier son identité en cours de route... J'sais pas ce qui s'est passé, mais moi j'le trouve cool en christ son prénom.

2.10.08

COMA DE STADE 4 ET AUTRES MALAISES



Chacun y va de son analyse sur le débat des chefs. Même le Journal de Montréal s’est réservé un petit coin de la page frontispice pour la chose. Une petite affaire, dans le coin supérieur gauche, rien de bien imposant parce que ça aurait détrôné le photomontage de Julie Couillard et de sa superbe citation bordée d’une véritable bulle de bande dessinée « J’ai été très douce avec lui ». On s’en tabarnak-tu , de Julie Couillard?

Je l’avoue en toute honnêteté, je suis quasi nulle en politique. Je me laisse un « quasi » parce que bon, y’a pire que moi. Si vous me flanquez au beau milieu d’une table ronde de recherche sur les politiques en matière d’adoption internationale, je vais me mettre à réciter des versets sataniques dans la langue d’Elisabeth May - l’écume au bord des lèvres - me renverser du café bouillant sur la tronche et égrainer des verres en stirofoam pour ne pas sombrer dans un coma de stade 4. Mais me balancer par la fenêtre pour en finir avec ce cauchemar, ça non. Je resterais parmi les érudits, de peine et de misère, avec le souhait de devenir plus brillante en la matière.

Ce qui fait qu’à 20 heures, hier soir, j’étais assise devant la télé avec un gros bol de soupe aux légumes. J’étais presque excitée.

À 20 heures 32, je cantais.

À 20 heures 56, je dormais.

Entre temps, Stéphan Bureau a poussé une couple de craques - ce qui m’a fait marrer. Stéphane Dion, lui, me faisait pitié. Quelqu’un a compris le charabia d’Elizabeth May ? Et Jack ? Jack, y’é smatte. C’t’un bon Jack, Jack. Duceppe était à son aise. C’est ben sûr, y’en est pas à son premier débat. Pis l’autre, là, le cowboy amorphe et rétrograde, ben y’é amorphe et rétrograde.

À 20 heures 57, j’étais dans un coma de stade 4.

Mais je suis de bonne foi ! Je vais mettre ça sur le compte du cadran qui sonne à 4 heures et demi à chaque matin, des médocs que je mange à la pelletée et des oreillers qui me calaient les reins trop bien.

Anyway, j’sais déjà pour qui voter. C'est étrange... J'ai une sensation de dayjavou que j'arrive pas à replacer.

1.10.08

SLUDGE



En sortant du métro, un homme en complet veston me tend un flyer sur lequel on peut voir la tronche de Jack Layton. Je me dis C’est quoi ça ? Ah, c’est juste lui.

Le bras du gars est encore tendu. On dirait qu’il pense que parce que c’est gratis je vais le prendre. M’en fous de Jack Layton, moi. Y’a l’air sympathique. Y’a pas l’air méchant. Y’a l’air d’un Joe-barbecue. Je l’imagine bien entrain de piquer ses steaks, boire sa bière dans un boc en verre et lâcher deux trois blagues pas trop vulgaires.

Alors je lui dis « Non merci ». Le gars n’en fait pas trop de cas. Y’a déjà spoté une fille derrière moi.

Je me dis qu'a doit être plate en maudit, sa job, à lui. Je me mets à tousser en pensant que ça ne peut pas être pire que de faire le lapin de Pâques, à 7 piastres de l'heure, au coin de deux boulevards achalandés. Je me souviens, on me faisait des fuck you.

En tournant le coin de la rue, une quinquagénaire est entrain de dégobiller par terre. Elle se cache comme elle peut entre une clôture et une cabine téléphonique. C’est une petite madame toute quioute avec son petit sac à main à motifs chamoirés. Petite veste de laine. Petits souliers vernis. Je marche vite. Le monde m'énarve. Puis je me dis wo. Menute. Fais pas comme les morons qui attendent l’autobus pis qui la regardent se vider le corps. Peut-être ben qu'ils ne la voient pas. C'est dur à manquer, un petit bout de femme plié en deux qui dégueule discrètement.

Je m’arrête et m’approche d’elle. Elle vomit du liquide. On dirait de la bile. La petite dame est embarrassée et ne me regarde pas. « Ça va, madame ? » que je lui dis. « Oui, oui » me répond-elle avec empressement. Je renchéris. «Avez-vous besoin de quelque chose ? Un kleenex, j’sais pas moi.» « Non, non. Merci.» Ok. Bon. A veut rien. A veut la paix. Elle me sourit timidement et continue de dégobiller. Je m'éloigne.

Je passe devant la file d’attente. Certains zyeutent toujours la dame; d’autres se sentent moins coupables depuis que je suis allée la voir. Parmi les trois chanceux qui ont pu s’asseoir sur le banc, il y a une jeune qui est entrain de lire un pavé. Elle est concentrée, c’est beau de voir ça. Y’a rien qui la dérange, elle est dans son monde. Mes yeux cherchent le titre du livre.
Les filles de Caleb.

29.9.08

JOURNÉE DE SCRAP


J’ai câlé off ce matin. C’est rare que je fais ça parce que je suis une fille bien élevée - à moitié par un père sévère, une mère manquante et une famille d’accueil ousse que t’avais pas intérêt à niaiser – mais là, je filais pas pour déplacer mon cadavre de corps dans un lieu public. J’ai beau avoir une toux creuse et glaireuse, les intestins imprévisibles et l’œsophage qui travaille à l’envers, je me sens un tantinet coupable. J’suis d’même des fois.

Quand je me tiens à la verticale, on dirait que c’est moins pire. Je me dis que tant qu’à ne pas dormir, aussi bien me tenir proche de la salle de bain. Je n’ai pas de laptop – on s’entend – mais je me tiens quand même au bout du corridor, à sept ou huit enjambées rapides. Et je rumine.

Je regarde mon chat qui regarde dehors. Je regarde les affaires empilées sur mon bureau, les kleenexs qui ont rebondis de ma poubelle, la pile de lavage pas pliée qui traîne sur mon divan pis la seule chose que j’ai la force de faire, c’est rien. Mais pas totalement rien. Pas le rien du vrai rien. Je clique sur ma souris, je lis des affaires et je bizoune sur mon blog en toussant sur le clavier.

OSTIE DE BLOG À MARDE ! ON EN PERD-TU, DU TEMPS, LÀ-DESSUS ?

On le sait, et puis on y revient. C’est-y une maladie mentale ? Un stade freudien pas réglé ? Une thérapie qui coûte pas cher ou une maudite manie ? Pis là, tu te dis : ouin. C’est-y un passe-temps qui va me passer ou ben une affaire qui va me rester ? Watch-toé. Tu veux pas que ça devienne une patante à la première personne du singulier, un déversoir de sentiments mal digérés, un journal intime avec des photos de Patrick Swayzé.

Woupe-laï… J’ai le tourni. Faut pas que je m’excite. Je vais vider ma poubelle - tranquillement pas vite – parce qu’elle m’écoeure, pis je vais essayer d’être productive selon les moyens du bord qui ne sont pas forts forts.

J'ai-tu dit : « Vider ma poubelle ? »

Ostie.

C’est-y à ça qu’y sert, mon blog ?

OK. Ça va faire, Gordon ! (Je me parle des fois.) (En général, je reste polie.)

Zyeute-donc ton agenda, pour voir tout ce que t’as à faire ! (Ah ben bout de viarge!)


OSTIE D’AGENDA DE MARDE DE CUL DE CHRIST !

Le gars qui a inventé, ça, hein, y doit-tu être content de sa shot ? Il doit se bidonner avec Joe post-it, à se dire « On les a-tu eus, tu penses ? »


M'en va t'évacuer ça, moi, cette tite voix-là.


28.9.08

HELLO RUBY IN THE DUST



Je déteste les lundis. Mais y va y avoir un lundi, en décembre prochain, qui ne sera pas un lundi ordinaire. La fin de l'automne sera sale, morne et grise. La neige, probablement pas arrivée encore. Mais je sens que ce show-là va durer longtemps et que les tounes ne seront pu arrêtables. Les guitares vont sonner gras, lourd et crade et c'est deux ou trois générations qui en redemanderont encore.

Je l'avoue, j'ai hâte. Comme quand j'ai vu Bashung deux soirs de suite. Pendant quelques secondes, tu te dis que t'aurais pu mettre ton argent ailleurs. À ben des places. Mais ça ne dure que quelques secondes parce que que tu te dis que ce qu'y se passe là, devant toi, tu peux pas le mettre de côté dans des REERS.

Des légendes vivantes, c'est drette ça.

L'AMOUR À L'ÂGE ATOMIQUE...SUITE ET FIN.



« Jeunes filles, n’acceptez pas les faux prétextes qu’invoquent certains de vos prétendants pour justifier leur vie désordonnée. Proclamez bien haut l’égalité des deux sexes devant la loi de Dieu. Sinon, comment pourriez-vous espérer que votre mari, après avoir traité tant de femmes en simples instruments de plaisir, se conduise envers vous d’une manière différente dans le mariage ? À l’œuvre donc ! Clamez la vérité et pourfendez l’erreur ! Et, ce qui vaut mieux, aidez vos compagnons dans leur attitude langoureuse, tout vêtement immodeste, toute parole aguichante. Sachez qu’une bête immonde sommeille chez les plus vertueux, prête à bondir à la moindre provocation. Faites plus : conseillez la prière et le recours aux sacrements, rappelant aux intéressés la parole de Jésus : « Ceux qui est impossible aux hommes est possible à Dieu ». Une fois mariée, vous serez traitées, non en esclaves de harem mais en compagnes aimées et respectées. Jeunes filles en quête de maris, choisissez parmi les garçons restés purs ou qui luttent pour le redevenir. Ce ne sont pas des anormaux comme certains noceux malhonnêtes essaient de le faire croire. Ils jouissent, au contraire, d'un bel équilibre et de nombreux trésors : humains et surnaturels. Les tentations ne manquent pas. Avec la grâce de Dieu, vous saurez les vaincre... »


DESMARAIS, Marcel-Marie, L’amour à l’âge atomique, Montréal, Les Éditions du Lévrier, 1950, p.15-16.

27.9.08

L'IMPURETÉ N'EST PAS NÉCESSAIRE À LA SANTÉ


« Il est vrai qu’un organisme jeune déborde de vitalité. Mais tous les médecins sérieux s’accordent à reconnaître que les sécrétions superflues se résorbent d’elles-mêmes ou s’éliminent naturellement sans qu’une intervention volontaire soit nécessaire. Prétendre que la pureté est nocive à la santé, c’est répéter une ânerie dont la fausseté a été démontrée par a+b en maint congrès scientifique.

Des malades qui le sont devenus à cause de la pureté, qu’on nous en montre donc ! Les chercheurs, s’ils s’en trouvent, en seront pour leur peine. Ils découvriraient plus facilement des épingles dans une meule de foin. Les victimes de l’impureté, elles, foisonnent. On en rencontre partout : dans les hôpitaux, les asiles d’aliénés, les prisons, voire en certains foyers.

Enfin, l’expérience personnelle de milliers de jeunes gens, à la fois pures et en parfaite santé, suffirait, à elle seule, à jeter par terre le fragile château de cartes dressé par les vicieux en mal d’excuses. »

DESMARAIS, Marcel-Marie, L’amour à l’âge atomique, Montréal, Les Éditions du Lévrier, 1950, p.15.

25.9.08

LES MORTS SONT MORTS



Trois témazépams, et je file tout droit au pieu. J'sais pas quel innocent m'a refilé la crève - mais si je le vois, je lui réserve une quantité de glaire verdâtre que je le lui offrirai par un bouche à bouche s'il le faut. Et ne manquerai pas ma shot.


"Attache-toi au ras le cou," comme dit souvent ma grand-mère soucieuse de notre insouciance, cette super woman qui en a vu des tragédies du haut de ses 83 ans. Mari qui s'éteind en 1982. Fils qui met fin à ses jours en 1988 - et quelques minutes plus tôt à ceux de sa blonde. Pour des raisons obscures. Front page d'Allô Police, photographies à l'appui - c'est-tu pas écoeurant, ça. Quatre ans plus tard, son aînée décide d'aller les rejoindre. Lui ai demandé, un jour, à cette superwoman toujours souriante - les yeux pétillants mais fatigués - qui est tough sans bon sens : "Comment tu fais, grand-m'man?" Elle n'a pas pris de temps pour répondre - comme si c'était une évidence pour elle : "Les morts sont morts. Moi je m'occupe de mes vivants." Ça m'en bouche un coin à chaque fois que j'y pense.

Rita, you rule.

VISE BEN COMME IL FAUT



" Nous, pauvres cervidés / Quand on aura des chars / On fera des défilés Sur la 3ième à Valdor / On posera sur nos capots / Des têtes coupées de chasseurs / Pis on laissera leurs cerveaux / Chesser dans l’congélateur"


- Buck (Richard Desjardins, Kanasuta)


13.9.08

TAG BUREAU


Le papier de toilette y est. Le Papermate flexigrip aussi. Mais la bouteille de Jack, je l'ai laissée sur la pannetray de la cuisine. J'aurais eu l'air d'une bois-sans-soif de vendredi souère, comateuse su'l divan, la bouche ouverte. Une Ibuprofène woman (c'est moi qui fait rouler la compagnie, j'en mange cinq par jour pour m'éviter des migraines ophtalmiques) un lendemain de veille, et qui a rêvé à de l'eau potable toute la nuit durant.

La tite photo carrée qui se cache derrière l'écran, sur le tableau de liège, c'est moi à la maternelle. Ma première carte d'identité. On devait l'accrocher à côté de l'activité convoitée. Gouache, bricolage, tag. Dans ce temps-là, je ne pensais pas à ma prescription de Champix qui dort à la pharmacie, ni à mon acolyte Jack qui vit sur du temps emprunté. Je me contentais de ne pas avoir de factures à mon nom, pis je courrais de toué bords avec ma tite carte plastifiée.


C'est plus fin que la tag barbecue, et moins pire que la tag noire (quelqu'un se souvient de ça, la tag noire?). M'dame Mcdoodle m'a fait signe alors v'là mon bureau - que je partage avec l'exiguïté du salon d'un appartement gros comme ma yeule qui a été bâti en dix neuf cent tranquille à Montréal. M'en va sacrer mon camp de c'te ville-là, moi, mais ça, c'est une autre histoire. Dans quelques années - je m'en donne deux ou trois, je posterai peut-être une photo de mon nouveau bureau. Il sera à même une galerie de deux par quatre défraîchis, le chien endormi sur la troisième marche, de la mauvaise herbe un peu partout et le premier voisin à 20 kilomètres au sud. Pis si il faut que je porte une veste orange fluo dans le temps de la chasse quand je me promène sur mon terrain, vas le faire.

6.9.08

LA CATIN

Amenez-moi un vingt cinq sous zéro bout de viarge, chu écoeurée d'la chaleur.

Ouvre les fenêtres, ferme les fenêtres, ouvre les fenêtres, ferme les fenêtres. Pas le choix quand on ne veut pas de visiteurs nocturnes qui auraient l'idée de passer par le balcon. Y disent ça, à la tévé, faut fermer nos fenêtres comme du monde si on ne veut pas en voir ressoudre pendant qu'on dort. Ça fait qu'hier soir, j'ai tout fermé - comme du monde - comme d'habitude. Pas délicate délicate moi. La porte patio, faut lui donner un maudit bon swing pour que le verrou clenche comme du monde. Ça fait bang, pis là ça clenche. Sauf qu'hier, mon pouce se la jouait intrépide et quand ça a fait bang, ça a fait bang. Ou crounch. Il ne l'avait pas vu venir, celle-là.
Il faisait chaud en joual vert dans mon espace hermétique. Me suis dirigée pronto vers la pharmacie, "osti de colice de christ!", le pouce dans l'eau froide qui semblait me dire chui tata m'escuse. Je sais, c'est pas beau sacrer. J'essaie d'éviter. M'en tiens aux sacres de cognage d'orteils et autres nécessités. Comme par exemple quand je veux manifester ma rogne contre quelqu'un ou quelque chose qui me tient à coeur.

"M'escuse". Pfff. C'est tout ce qu'y a trouvé à dire. Je n'aime pas le favoritisme, mais le pouce droit, quand t'es droitière, c'est quand même quelque chose. Un pouce droit, quand t'écris de la main droite, c'est fort utile. Pas juste pour écrire. Pour un paquet d'autres affaires. Je pourrais m'éterniser sur une liste, mais ça serait trop long. Quand il se passe quelque chose dans notre vie, n'importe quoi, j'sais pas moi, pis il faut qu'on bouge rapidement, sans s'en apercevoir, qu'est-ce qu'on fait? La main maître bouge en premier, s'empare de quelque objet et les doigts y vont franco parce que c'est ça qu'ils font depuis des lustres. Y se disent pas wowo attention, ça pourrait faire mal, joe le pouce droit est ouvert béant ça va résonner dans tout le corps watch out le sang. Bref, ça tient à coeur. Et ça valait donc quelques jurons.
Moi, je ne disais plus rien. Je commençais à avoir royalement chaud. J'aime pas ça, le sang, que voulez-vous que je vous dise! Et là, on aurait dit que j'avais l'aorte dans la paluche. Ça pulsait comme une rage de dents qui rend fou. Ma main gauche fouillait la pharmacie, brave fille, à la recherche d'un truc de circonstance. Peroxyde? Paraît que c'est dépassé. Alcool à friction? Idem. Y disent que ça ne devrait même plus exister dans nos trousses maison. Faut laver les plaies à l'eau et au savon, comme il faut, et puis basta. Ou avec du Enacéelle. De l'eau pis du sel! J'avais la tête qui tournait, comme quand je me suis évanouie dans un cinéma de Rouyn-Noranda le printemps dernier. Faisait chaud, j'étais en sueur. Me suis levée de mon siège et j'ai juste eu le temps de sortir de la salle, ça silait dans ma tête et vlan! par terre, black-out. Puis mon corps avait fait équipe ensemble pour me faire ramper jusqu'aux chiottes, là où je vous épargne des détails peu ragoûtants. C'est à ça que je pensais hier, pendant que ma main gauche essayait d'être serviable. Elle a eu le temps de me trouver un Non-Adherent Dressing de 3 par 4 pouces et une rondelle de tape avant que mes membres inférieurs ne décident de flanchir juste ce qu'il faut pour s'asseoir sans tomber. Du Enacéelle, cibolac! Avoir su ça avant, dans le temps que j'étais au cégep par exemple, je n'aurais jamais osé déverser de la vodka sur une plaie de pied... Quelle gâchis! Quel gaspillage! Je me l'avais joué cowboy, le pied dans le lavabo, à croire que j'allais désinfecter ça ben comme il faut! Avoir su...
Ah salvatrice sensation que celle procurée par un plancher de salle de bain! La froideur des carreaux de céramique quand on s'y étend de tout son long... qui n'y a pas goûté un jour ou l'autre dans sa vie? Léo s'est approché de mon cadavre et il s'est mis à me renifler le front. Il pensait peut-être que je voulais jouer. Pendant que j'oeuvrais à une catin de fortune sur mon pouce endolori qui s'entêtait à saigner encore, je sentais ses vibrisses me chatouiller. Ma main gauche a pris un break, tandis que mon pouce droit me soufflait toujours des m'escuse, m'escuse. Fallait maintenant que je me traîne jusqu'à mon lit. J'ai dit Ok la gang, un dernier coup de coeur - comme quand mon père voulait que je l'aide à couper des palettes pour en faire du bois de chauffage - et je me suis relevée, pour aller me recoucher plus loin, dans ma chambre où il fait frette. Le climatisateur était à fond, réglé à 20 degrés Celcius.
Hier, il faisait quoi, 35 dewor? Amenez-moi un moins trente pis je ne chialerai pas, c'est promis.

29.8.08

KESSE TU FAIS, LÀ... MOUAIN... MOÉSSI...

Osti de téléphones cellulaires de marde de cul de christ.

L'homme ne supporte pas la solitude. Il paraît ben mieux quand il a l'air busy.

Devant un étal de légumes, dans une salle de cours, debout dans l'autobus, sul trottoir, dans les chiottes, au cinoche, en bécik, au volant, le cul sur un banc de parc, de salle d'attente, devant la caissière, dans un concert.

Osti de téléphones cellulaires de marde de cul de christ.
Pouvez ben crever d'un cancer du cerveau, m'en balance.

26.8.08

LE RANG SIX



"Comme je connais ma bête, j'sus allé le r'joindre dans l'rang six". Mon chien robbeur de Fred Fortin

Non loin du rang six, une patante à vacanciers. Recommandée, certes. Mais pas un lendemain de veille sous la menace d'un ciel électrique. Ah pis pourquoi pas. Monologue garanti et sacres bien sentis. Étonnant ce qu'on peut faire avec deux ti-mousquetons et une tite-poulie. Ça fait descendre le cipate, la tourtière, name it. Et ça donne soif.

2.8.08

LE SURVENANT


"Empty pockets will allow a greater sense of wealth"
Far Behind
Album : Into the wild
It's okay, it's okay.
I'll be there.
Même à ce prix-là.
J'peux pas manquer ça.
Chante toujours, beau marle, chante-nous tes chansons.

11.6.08

COMBUSTION LENTE

Il empila quelques bûches sur sa poitrine et en faisant demi-tour, il entendit un hurlement.

-Toi, mon petit christ, viens pas chier sur mon terrain!

19.5.08

JE PARLE FORT, MAIS JE NE SUIS PAS RIDICULE

Je m’étais dit bah, vas-y, force-toi un peu, tu vas peut-être rencontrer du monde intéressant. Enchantée par la publication d’une de mes nouvelles – la deuxième dans la même revue – j’ai pensé aller serrer la pince aux responsables récidivistes. Ça se passait dans une librairie indépendante d’une rue branchée de Montréal, une librairie grosse comme ma main. Sous l’éclairage brut des néons il y avait des revues empilées au milieu du vingt pieds carrés d'espace. Des gens partout, serrés par kit de trois ou quatre. « Vous venez pour le lancement ? » Le propriétaire de la place faisait office d’hôte, fort sympathique d’ailleurs, et a pointé la pile de revues immaculées et flambant neuves en m’invitant à en prendre un exemplaire. J’ai enlevé mon manteau et je me suis dirigée right away vers le mini-bar où le vin m’appelait, question de me calmer les nerfs. J’ai eu le temps, en dix minutes top chrono, de faire le tour, de zyeuter la place et les visages absorbés. J’ai même poussé l’audace en expédiant quelques sourires. J’ai fureté les livres le long des murs, d’un air faussement décontracté, puis je suis allée à la toilette me cacher pendant quelques minutes. Claustrée entre quatre murs, je me suis dit tout bas qu’est-ce que tu fais là ? Tu vas faire ta sauvage, comme d’habitude ? Tu pourrais gueuler « Je parle fort, mais je ne suis pas ridicule ! » comme dans un film de Robert Lepage. Au lieu de cela, j’ai tenté quelques pas supplémentaires dans la foule, j’ai lu en diagonale quelques passages de la revue et finalement, je me suis décidée à aller chercher mon manteau dans l’arrière-boutique. Il était là, quelque part parmi les autres, dans une montagne qui rappelait un vestiaire du Jour de l’An. D’un pas régulier, je me suis dirigée vers la sortie. Trois mecs fumaient dehors. L’un d’eux s’est retourné vers moi et m’a remercié d’être passée. Un organisateur peut-être. Ou un membre du comité. J’aurais pu lui demander son nom, je ne sais pas, me présenter vaguement. Je me suis contentée d’un « C’est moi. Bonne soirée » et j’ai mis le cap au nord, lentement, en me disant que j’étais vraiment pas sociable. Dans le métro, j’ai repensé à L’homme isolé de Louis Hamelin.

« Lecteur, si tu rêves toi aussi de devenir écrivain, mais es incapable de comprendre ce que je ressentais lorsque, pendu à un téléphone public sur la bruyante mezzanine du Salon du Livre, j’ai annoncé à ma mère que mon roman était accepté et sortirait chez Québec Amérique, je te conseille de faire carrière dans la Sûreté du Québec. [1]»

Je ne suis que l’auteur de quelques textes parus dans des revues, un auteur de type B selon les règles du CALQ. Entre un quart de travail à mettre des pots d’urine dans des sacs biorisque et un quart uqamien à essayer de finir mon bac, j'avance mes trucs. Quand le temps sera venu, je n’appellerai peut-être pas ma mère puisqu’elle ne répond plus au téléphone depuis longtemps, mais chose certaine, je ne ferai jamais une carrière dans la Sûreté du Québec.

[1] Louis Hamelin, L’homme isolé, Montréal, Éditions Trois-Pistoles, coll. Écrire, 2006, p.41.

4.4.08

Dans le soleil ou dans la nuit, voyez-vous ces êtres vivants?

« Est-ce c’est le jour qui se lève
ou mes yeux qui se sont habitués
à la noirceur? »

- Jenny Raymond

Bruno et Jenny

BRUNO
Qu’est-ce que tu fais ?
JENNY
Mon possible…
BRUNO
C’est tout ?
JENNY
Tu trouves pas que c'est assez ?

30.06 en bas de zéro

FERNAND
(d’un ton sérieux)
Là, mon Jacquot, on approche de la swomp.
Tu te souviens de ce que je t’ai dis?

JACQUES
Euh oui, oui, p’pa.

CLEMENT
Avance ben tranquillement, mon Jacquot.
Ben tranquillement…

FERNAND
Envoye. N’aie pas peur.

JACQUES
J’ai pas peur!

FERNAND
(en chuchotant)
Tu le vois-tu? Y’é là-bas, à trente pieds de la swomp.
Regarde, regarde là-bas, Jacques…

Jacques est nerveux. Il regarde l’orignal et ne bouge pas.

FERNAND
Là, vise le ben…
Attend qu’il ne bouge plus.
Pis tu tires. Envoye, tu es capable...

CLEMENT
(en chuchotant lui aussi)
Tu es capable, Jacquot,
Concentre toi comme il faut…

Jacques regarde dans le viseur de la carabine.

FERNAND
(impatient)
Ben qu’est-ce que t’attends, envoye!
Envoye, tu vas le manquer…
Tabarnak, qu’est-ce que tu fais?
Envoye!

En colère, Fernand empoigne la carabine, regarde dans le viseur et tire deux coups. Jacques se retourne vers Clément, qui regarde l'orignal.

CLEMENT
(s’adressant à Fernand)
C’est beau, tu l’as eu.

FERNAND
(sur un ton méprisant)
Ouin, ben tu ne seras jamais un chasseur, toi.

CLEMENT
Viens t’en, Jacquot. On va aller voir l’orignal.
Pis pleure pas. C’est pas grave.

Tu gonflais ta permanente dans le miroir du photomaton

Le chagrin est de marbre
D'un gris anthracite
Ton absence qui me hante
Et même si ta couleur préférée
recouvre ton sol, l'été
Je me souviens d’une amie
Qui espérait encore
Mais qui est morte d’ennui

Température ambiante

Existence meringuée
En pics d’amertume
Et de regrets inconsolables
Qui laissent dans ma bouche
Un goût âpre
De chagrin plâtré

27.3.08

13.3.08

LÉO FERRÉ


Le chien

À mes oiseaux piaillant debout
Chinés sous les becs de la nuit
Avec leur crêpe de coutil
Et leur fourreau fleuri de trous
À mes compaings du pain rassis
À mes frangins de l'entre bise
À ceux qui gerçaient leur chemise
Au givre des pernods-minuit
À l'Araignée la toile au vent
À Biftec baron du homard
Et sa technique du caviar
Qui ressemblait à du hareng
À Bec d'Azur du pif comptant
Qui créchait côté de Sancerre
Sur les MIDNIGHT à moitié verre
Chez un bistre de ses clients
Aux spécialistes d'la scoumoune
Qui se sapaient de courants d'air
Et qui prenaient pour un steamer
La compagnie Blondit and Clowns
Aux pannes qui la langue au pas
En plein hiver mangeaient des nèfles
À ceux pour qui deux sous de trèfle
Ça valait une Craven A
À ceux-là je laisse la fleur
De mon désespoir en allé
Maintenant que je suis paré
Et que je vais chez le coiffeur
Pauvre mec mon pauvre Pierrot
Vois la lune qui te cafarde
Cette Américaine moucharde
Qu'ils ont vidée de ton pipeau
Ils t'ont pelé comme un mouton
Avec un ciseau à surtaxe
Progressivement contumax
Tu bêles à tout va la chanson
Et tu n'achètes plus que du vent
Encore que la nuit venue
Y a ta cavale dans la rue
Qui hennnit en te klaxonnant
Le Droit la Loi la Foi et Toi
Et une éponge de vin sur
Ton Beaujolais qui fait le mur
Et ta Pépée qui fait le toit
Et si vraiment Dieu existait
Comme le disait Bakounine
Ce Camarade Vitamine
Il faudrait s'en débarrasser
Tu traînes ton croco ridé
Cinquante berges dans les flancs
Et tes chiens qui mordent dedans
Le pot-au-rif de l'amitié
Un poète ça sent des pieds
On lave pas la poésie
Ça se défenestre et ça crie
Aux gens perdus des mots FÉRIÉS
Des mots oui des mots comme le Nouveau Monde
Des mots venus de l'autre côté clé la rive
Des mots tranquilles comme mon chien qui dort
Des mots chargés des lèvres constellées dans le dictionnaire desconstellations de mots
Et c'est le Bonnet Noir que nous mettrons sur le vocabulaire
Nous ferons un séminaire, particulier avec des grammairiens particuliers aussi
Et chargés de mettre des perruques aux vieilles pouffiasses Littéromanes
IL IMPORTE QUE LE MOT AMOUR
soit rempli de mystère et non de tabou, de péché, de vertu, de carnaval romain des draps cousus dans le salace
Et dans l'objet de la policière voyance ou voyeurie
Nous mettrons de longs cheveux aux prêtres de la rue pour leur apprendre à s'appeler dès lors monsieur l'abbé Rita Hayworth monsieur l'abbé BB fricoti fricota et nous ferons des prières inversées
Et nous lancerons à la tête des gens des mots SANS CULOTTE SANS BANDE À CUL
Sans rien qui puisse jamais remettre en question
La vieille la très vieille et très ancienne et démodée querelle du qu'en diront-ils
Et du je fais quand même mes cochoncetés en toute quiétude sousprétexte qu'on m'a béni
Que j'ai signé chez monsieur le maire de mes deux mairies
ALORS QUE CES ENFANTS SONT TOUT SEULS DANS LES RUES ET S'INVENTENT LA VRAIE GALAXIE DE L'AMOUR INSTANTANÉ
Alors que ces enfants dans la rue s'aiment et s'aimeront
Alors que cela est indéniable
Alors que cela est de toute évidence et de toute éternité
JE PARLE POUR DANS DIX SIÈCLES et je prends date
On peut me mettre en cabane
On peut me rire au nez ça dépend de quel rire
JE PROVOQUE À L'AMOUR ET À L'INSURRECTION
YES! I AM UN IMMENSE PROVOCATEUR
Je vous l'ai dit
Des armes et des mots c'est pareil
Ça tue pareil
II faut tuer l'intelligence des mots anciens
Avec des mots tout relatifs, courbes, comme tu voudras
IL FAUT METTRE EUCLIDE DANS UNE POUBELLE
Mettez-vous le bien dans la courbure
C'est râpé vos trucs et manigances
Vos démocraties où il n'est pas question de monter à l'hôtel avecune fille
Si elle ne vous est pas collée par la jurisprudence
C'est râpé Messieurs de la Romance
Nous, nous sommes pour un langage auquel vous n'entravez que couic
NOUS SOMMES DES CHIENS
et les chiens, quand ils sentent la compagnie,
Ils se dérangent et on leur fout la paix
Nous voulons la Paix des Chiens
Nous sommes des chiens de " bonne volonté "
Et nous ne sommes pas contre le fait qu'on laisse venir à nous certaines chiennes
Puisqu'elles sont faites pour ça et pour nous
Nous aboyons avec des armes dans la gueule
Des armes blanches et noires comme des mots noirs et blancs
NOIRS COMME LA TERREUR QUE VOUS ASSUMEREZ
BLANCS COMME LA VIRGINITÉ QUE NOUS ASSUMONS
NOUS SOMMES DES CHIENS
et les chiens, quand ils sentent lacompagnie,
II se dérangent, ils se décolliérisent
Et posent leur os comme on pose sa cigarette quand on a quelque chose d'urgent à faire
Même et de préférence si l'urgence contient l'idée de vous foutre sur la margoulette
Je n'écris pas comme de Gaulle ou comme Perse
JE CAUSE et je GUEULE comme un chien

JE SUIS UN CHIEN

LETTRE À UN ÉCRIVAIN VIVANT : LOUIS HAMELIN


Missive adressée à Louis Hamelin
pour la rubrique « Lettre à un écrivain vivant »
d'une certaine revue

Masculin singulier

J’aurais pu faire le pied de grue pour obtenir un autographe de la célèbre Dominique Michel, mais je n’avais pas les moyens de m’offrir son autobiographie. Il faisait horriblement chaud, je n’avais pas voulu laisser mon manteau au vestiaire parce que je n’avais qu’une idée en tête : entrer et sortir. J’avais mon exemplaire de Sauvages sous la main et je me suis dirigée vers les kiosques de Boréal.

Derrière la petite table transformée en présentoir[1], Louis Hamelin m’attendait. Attendait quelqu’un, n’importe qui. Dans cette atmosphère de grand centre commercial, au Salon du livre de Montréal, en 2006. J’avais tout lu de lui. Je n’avais absolument rien à dire sur la littérature. Je voulais parler à un écrivain. Pas n’importe lequel.

Pourriez-vous signer à cet endroit, s’il vous plaît ?

Bien sûr, avant de faire ça, je lui ai dit bonjour, ça me fait plaisir de vous rencontrer, je lui ai serré la pince, etc. Les règles de la bienséance.

Pourquoi ?

Parce que c’est la nouvelle que je préfère.

Pour faire du genre je-suis-originale-et-je-ne-fais-pas-comme-les-autres, je lui ai demandé de poser sa griffe non pas sur une des pages liminaires, mais à la page 41 très exactement. En guise de signet, j’avais l’index planté dans le bouquin depuis une bonne demi-heure. J’étais toute prête, comme quand on prépare sa carte de guichet avant de passer à la caisse.

Ah oui ? L’indien ? Pour quelles raisons ?

Parce qu’il est attachant et… (moment d’hésitation) qu’on aurait le goût d’aller boire un verre et de jaser avec lui.

Est-ce que j’avais vraiment dit ça ? Il me regardait, attendant la suite. Décidément, je ne l’avais pas convaincu. Les gens qui parlent très peu ont souvent beaucoup de choses à dire. Et quand ça sort, watch out. Soit que ça sort comme un barrage qui cède, soit que ça sort tout croche. J’aurais voulu dire quelque chose d’intelligent, mais je venais de manquer ma chance. Si ma mémoire est bonne, j’ai répondu que l’indien avait un côté sauvage (imaginez) ou je ne sais pas quoi. Pour tout dire, c’est vague. Il s’est penché et s’est mis à remplir l’espace entourant le titre de la nouvelle. Wabush allait avoir de la compagnie.

Ça m’a pris du courage pour venir ici. Je n’aime pas trop les foules.

Sa calligraphie syncopée ne me permettait pas de lire à l’envers, mais j’ai su qu’il achevait sa missive quand il a signé son nom dans le coin inférieur droit. Si Louis Hamelin avait utilisé une plume à la hauteur de son talent, on aurait pu imaginer que ce fut une Meisterstuck Solitaire de Montblanc ou un Graf von Faber-Castell fait de bois rarissime. Il avait un simple et modeste Bic dans la main - le stylo-bille à corps transparent sur lequel on peut voir le niveau de l’encre - un stylo légendaire qui, mine de rien, semble dire : je ne suis pas tuable. Et je n’ai pas besoin de faire de fla-flas pour être singulier. Ne me demandez pas pourquoi, mais je n’étais pas étonnée.


Je l’écoutais sans l’entendre, trop occupé à penser : il te parle. Je n’étais rien à ses yeux, peut-être moins que rien en fait : une acheteuse potentielle ? Non. Je possédais déjà un exemplaire de son bouquin. Je l’avais acheté le jour même de sa sortie.

Avant de le lire, j’avais enlevé la jaquette et je l’avais rangé dans un tiroir par peur de l’abîmer. Et puis ça me tombe sur les nerfs, lire un bouquin coiffé de sa jaquette. Ça gêne la manipulation. Un livre, c’est fait pour être ouvert, plié, tordu par les muscles pronateurs quand il est lu d’une seule main. Un livre, c’est fait pour être charroyé dans un sac ou dans la poche d’un manteau. Un livre, dis-je, c’est fait pour s’attendrir dans les mains d’un lecteur. Il doit s’attendre à perdre son allure flambant neuf de jeune puceau fraîchement débarqué de la presse. Je ne parle pas de surligner des passages en jaune fluorescent ou de barbouiller des commentaires dans les marges, je parle de l’exposer, ventre ouvert, à la lumière du grand jour.

Bref, mon exemplaire avait mûri. Et j’en étais fière. Il faisait tache parmi ceux qui attendaient, à la queue leuleu, le Bic de l’écrivain. Dépouillé de sa jaquette, la couverture frisée et d’une blancheur douteuse, mon livre, ce jour-là, a serré la pince de son créateur.

Après l’avoir remercié, je suis repartie, gardant cette image d’un Louis Hamelin assis au milieu du centre commercial des livres de la Place Bonaventure, tenant boutique pour le premier venu, en 2006. Une image sauve, valant bien ses milles mots.





Sandra Gordon
[1] Inspiré d’un texte de Louis Hamelin « Les mots de la fin », Le Devoir, Livres, samedi le 23 février 2008, p.f-4.