C'est à peu près 120 piasses la tonne. Grosso modo c'est 80 si tu remplis ton pick-up. Ça, c'est pour la scrap scrap. Pour une scrap qui a de l'allure, c'est plus ou moins 4 piasses la livre. Cop, aluminium. Vous pouvez ben courir les poteaux. Moi, la scrap scrap, ça me plaît.

1.10.08

SLUDGE



En sortant du métro, un homme en complet veston me tend un flyer sur lequel on peut voir la tronche de Jack Layton. Je me dis C’est quoi ça ? Ah, c’est juste lui.

Le bras du gars est encore tendu. On dirait qu’il pense que parce que c’est gratis je vais le prendre. M’en fous de Jack Layton, moi. Y’a l’air sympathique. Y’a pas l’air méchant. Y’a l’air d’un Joe-barbecue. Je l’imagine bien entrain de piquer ses steaks, boire sa bière dans un boc en verre et lâcher deux trois blagues pas trop vulgaires.

Alors je lui dis « Non merci ». Le gars n’en fait pas trop de cas. Y’a déjà spoté une fille derrière moi.

Je me dis qu'a doit être plate en maudit, sa job, à lui. Je me mets à tousser en pensant que ça ne peut pas être pire que de faire le lapin de Pâques, à 7 piastres de l'heure, au coin de deux boulevards achalandés. Je me souviens, on me faisait des fuck you.

En tournant le coin de la rue, une quinquagénaire est entrain de dégobiller par terre. Elle se cache comme elle peut entre une clôture et une cabine téléphonique. C’est une petite madame toute quioute avec son petit sac à main à motifs chamoirés. Petite veste de laine. Petits souliers vernis. Je marche vite. Le monde m'énarve. Puis je me dis wo. Menute. Fais pas comme les morons qui attendent l’autobus pis qui la regardent se vider le corps. Peut-être ben qu'ils ne la voient pas. C'est dur à manquer, un petit bout de femme plié en deux qui dégueule discrètement.

Je m’arrête et m’approche d’elle. Elle vomit du liquide. On dirait de la bile. La petite dame est embarrassée et ne me regarde pas. « Ça va, madame ? » que je lui dis. « Oui, oui » me répond-elle avec empressement. Je renchéris. «Avez-vous besoin de quelque chose ? Un kleenex, j’sais pas moi.» « Non, non. Merci.» Ok. Bon. A veut rien. A veut la paix. Elle me sourit timidement et continue de dégobiller. Je m'éloigne.

Je passe devant la file d’attente. Certains zyeutent toujours la dame; d’autres se sentent moins coupables depuis que je suis allée la voir. Parmi les trois chanceux qui ont pu s’asseoir sur le banc, il y a une jeune qui est entrain de lire un pavé. Elle est concentrée, c’est beau de voir ça. Y’a rien qui la dérange, elle est dans son monde. Mes yeux cherchent le titre du livre.
Les filles de Caleb.

11 commentaires:

McDoodle a dit…

Oh putain ! Encore du lapin de pâques s'il te plaît... c'est quand tu veux, évidemment.

Mistral a dit…

Ben, elle en était d'évidence à la scène de la saillie, qui doit ambler moins bien avec le soundtrack urbain qui dégobille en dilettante. Une tite fille! Presquement pucelle! Soudain, sur ce banc, elle comprend: des Ovila Pronovost, des grands cruchons qui savent toujours pas lire à vingt ans et qui éclusent comme Bligh se jeta sur l'eau potable en abordant à Timor après 41 jours en chaloupe, des triques sur pattes au regard vide et bleu, il y en a plein le cégep! Plein ses cours! Plein partout! Elle expérimente une épiphanie tandis que la scène de la saillie l'humidifie et c'est alors que l'autre mémé se met à gerber sans le moindre respect pour la littérature. Y a des jeunes filles qui sont marquées à vie pour ben moins, euh, parfois elles frappent la cinquantaine et se mettent à nauséer aux arrêts de bus comme ça sans raison le monde est fou chte dis!

sandra gordon a dit…

La jeune, peut-être qu'a se dit si y'a juste les maîtresses d'école qui se tapent des grands tatas de la dernière rangée, j'suis pas sortie du bois; la vieille, elle, regrette peut-être ses 30 ans de pédagogie individualisée dans une école alternative.

Bref, on n'est jamais content.

sandra gordon a dit…

Le monde est fou, fuck yeah.

sandra gordon a dit…

Encore du lapin de Pâques, miss mcdoodle? Y'étaient même pas bons, leurs chocolats, y goûtaient la cire sucrée. Si je me faisais un top 5 "humiliation" des jobs qui figurent sur mon cv, le lapin de Pâques en ferait certes partie!

McDoodle a dit…

Je n'en doute pas une minute. C'est justement, à l'oreille, je me disais que ça ferait une crisse de bonne nouvelle. Mais il est vrai qu'une nouvelle, ça pas besoin de nous faire mal au ventre.

Bon samedi.

sandra gordon a dit…

On aime ça quand ça fait maaaaal.
Je la tiens au chaud, celle-là. Bon samedi à toi aussi.

Inukshuk a dit…

Ouais, tranche de vie urbaine bien solide.

Ça me fait penser au type qui est étendu sur le trottoir (une crise cardiaque) et qui demande de l'aide. Les gens et les autos passent sans même ralentir. Il aurait pu crever drette là s'il n'y avait pas eu un bon samaritain pour le sortir du pétrin. (Rapporté aux bulletins télé il y a quelques années.)

______________

Une connaissance qui ne connaît rien à la littérature m'avait invité à une allocution de l'auteur des Filles de Caleb.

Pour toute réponse, j'ai haussé les épaules...

sandra gordon a dit…

J'préfère quand même que les gens lisent ça plutôt qu'autres choses, voire rien du tout. Bien sûr, on aimerait leu' mettre dans les mains un livre provenant de notre top 300, mais on n'aurait pas le budget pour faire ça :) Et puis, je suis qui, moi, pour dire à quelqu'un que les Filles de Caleb, c'est nul? D'abord, j'crois pas que ce soit totalement nul. Mais là n'est pas la question. On en revient à la paresse intellectuelle et à la bêtise qui guettent l'humanité. Ça prend moins d'efforts niveler par le bas, c'est ben certain.

Je ne ferai jamais la joe connaissante parce qu'il me reste encore trop d'affaires à connaître. En attendant mon érudition la plus totale et complète, c'est-à-dire jamais, je vais essayer de faire de mon mieux. :)

Mistral a dit…

T'as pas tort, mais faut pas s'étonner si des gens vomissent dans les parages non plus.

sandra gordon a dit…

Je ne m'en étonne pas. Je me dis que chacun assume son renvoyou.