C'est à peu près 120 piasses la tonne. Grosso modo c'est 80 si tu remplis ton pick-up. Ça, c'est pour la scrap scrap. Pour une scrap qui a de l'allure, c'est plus ou moins 4 piasses la livre. Cop, aluminium. Vous pouvez ben courir les poteaux. Moi, la scrap scrap, ça me plaît.

27.9.08

L'IMPURETÉ N'EST PAS NÉCESSAIRE À LA SANTÉ


« Il est vrai qu’un organisme jeune déborde de vitalité. Mais tous les médecins sérieux s’accordent à reconnaître que les sécrétions superflues se résorbent d’elles-mêmes ou s’éliminent naturellement sans qu’une intervention volontaire soit nécessaire. Prétendre que la pureté est nocive à la santé, c’est répéter une ânerie dont la fausseté a été démontrée par a+b en maint congrès scientifique.

Des malades qui le sont devenus à cause de la pureté, qu’on nous en montre donc ! Les chercheurs, s’ils s’en trouvent, en seront pour leur peine. Ils découvriraient plus facilement des épingles dans une meule de foin. Les victimes de l’impureté, elles, foisonnent. On en rencontre partout : dans les hôpitaux, les asiles d’aliénés, les prisons, voire en certains foyers.

Enfin, l’expérience personnelle de milliers de jeunes gens, à la fois pures et en parfaite santé, suffirait, à elle seule, à jeter par terre le fragile château de cartes dressé par les vicieux en mal d’excuses. »

DESMARAIS, Marcel-Marie, L’amour à l’âge atomique, Montréal, Les Éditions du Lévrier, 1950, p.15.

25.9.08

LES MORTS SONT MORTS



Trois témazépams, et je file tout droit au pieu. J'sais pas quel innocent m'a refilé la crève - mais si je le vois, je lui réserve une quantité de glaire verdâtre que je le lui offrirai par un bouche à bouche s'il le faut. Et ne manquerai pas ma shot.


"Attache-toi au ras le cou," comme dit souvent ma grand-mère soucieuse de notre insouciance, cette super woman qui en a vu des tragédies du haut de ses 83 ans. Mari qui s'éteind en 1982. Fils qui met fin à ses jours en 1988 - et quelques minutes plus tôt à ceux de sa blonde. Pour des raisons obscures. Front page d'Allô Police, photographies à l'appui - c'est-tu pas écoeurant, ça. Quatre ans plus tard, son aînée décide d'aller les rejoindre. Lui ai demandé, un jour, à cette superwoman toujours souriante - les yeux pétillants mais fatigués - qui est tough sans bon sens : "Comment tu fais, grand-m'man?" Elle n'a pas pris de temps pour répondre - comme si c'était une évidence pour elle : "Les morts sont morts. Moi je m'occupe de mes vivants." Ça m'en bouche un coin à chaque fois que j'y pense.

Rita, you rule.

VISE BEN COMME IL FAUT



" Nous, pauvres cervidés / Quand on aura des chars / On fera des défilés Sur la 3ième à Valdor / On posera sur nos capots / Des têtes coupées de chasseurs / Pis on laissera leurs cerveaux / Chesser dans l’congélateur"


- Buck (Richard Desjardins, Kanasuta)


13.9.08

TAG BUREAU


Le papier de toilette y est. Le Papermate flexigrip aussi. Mais la bouteille de Jack, je l'ai laissée sur la pannetray de la cuisine. J'aurais eu l'air d'une bois-sans-soif de vendredi souère, comateuse su'l divan, la bouche ouverte. Une Ibuprofène woman (c'est moi qui fait rouler la compagnie, j'en mange cinq par jour pour m'éviter des migraines ophtalmiques) un lendemain de veille, et qui a rêvé à de l'eau potable toute la nuit durant.

La tite photo carrée qui se cache derrière l'écran, sur le tableau de liège, c'est moi à la maternelle. Ma première carte d'identité. On devait l'accrocher à côté de l'activité convoitée. Gouache, bricolage, tag. Dans ce temps-là, je ne pensais pas à ma prescription de Champix qui dort à la pharmacie, ni à mon acolyte Jack qui vit sur du temps emprunté. Je me contentais de ne pas avoir de factures à mon nom, pis je courrais de toué bords avec ma tite carte plastifiée.


C'est plus fin que la tag barbecue, et moins pire que la tag noire (quelqu'un se souvient de ça, la tag noire?). M'dame Mcdoodle m'a fait signe alors v'là mon bureau - que je partage avec l'exiguïté du salon d'un appartement gros comme ma yeule qui a été bâti en dix neuf cent tranquille à Montréal. M'en va sacrer mon camp de c'te ville-là, moi, mais ça, c'est une autre histoire. Dans quelques années - je m'en donne deux ou trois, je posterai peut-être une photo de mon nouveau bureau. Il sera à même une galerie de deux par quatre défraîchis, le chien endormi sur la troisième marche, de la mauvaise herbe un peu partout et le premier voisin à 20 kilomètres au sud. Pis si il faut que je porte une veste orange fluo dans le temps de la chasse quand je me promène sur mon terrain, vas le faire.

6.9.08

LA CATIN

Amenez-moi un vingt cinq sous zéro bout de viarge, chu écoeurée d'la chaleur.

Ouvre les fenêtres, ferme les fenêtres, ouvre les fenêtres, ferme les fenêtres. Pas le choix quand on ne veut pas de visiteurs nocturnes qui auraient l'idée de passer par le balcon. Y disent ça, à la tévé, faut fermer nos fenêtres comme du monde si on ne veut pas en voir ressoudre pendant qu'on dort. Ça fait qu'hier soir, j'ai tout fermé - comme du monde - comme d'habitude. Pas délicate délicate moi. La porte patio, faut lui donner un maudit bon swing pour que le verrou clenche comme du monde. Ça fait bang, pis là ça clenche. Sauf qu'hier, mon pouce se la jouait intrépide et quand ça a fait bang, ça a fait bang. Ou crounch. Il ne l'avait pas vu venir, celle-là.
Il faisait chaud en joual vert dans mon espace hermétique. Me suis dirigée pronto vers la pharmacie, "osti de colice de christ!", le pouce dans l'eau froide qui semblait me dire chui tata m'escuse. Je sais, c'est pas beau sacrer. J'essaie d'éviter. M'en tiens aux sacres de cognage d'orteils et autres nécessités. Comme par exemple quand je veux manifester ma rogne contre quelqu'un ou quelque chose qui me tient à coeur.

"M'escuse". Pfff. C'est tout ce qu'y a trouvé à dire. Je n'aime pas le favoritisme, mais le pouce droit, quand t'es droitière, c'est quand même quelque chose. Un pouce droit, quand t'écris de la main droite, c'est fort utile. Pas juste pour écrire. Pour un paquet d'autres affaires. Je pourrais m'éterniser sur une liste, mais ça serait trop long. Quand il se passe quelque chose dans notre vie, n'importe quoi, j'sais pas moi, pis il faut qu'on bouge rapidement, sans s'en apercevoir, qu'est-ce qu'on fait? La main maître bouge en premier, s'empare de quelque objet et les doigts y vont franco parce que c'est ça qu'ils font depuis des lustres. Y se disent pas wowo attention, ça pourrait faire mal, joe le pouce droit est ouvert béant ça va résonner dans tout le corps watch out le sang. Bref, ça tient à coeur. Et ça valait donc quelques jurons.
Moi, je ne disais plus rien. Je commençais à avoir royalement chaud. J'aime pas ça, le sang, que voulez-vous que je vous dise! Et là, on aurait dit que j'avais l'aorte dans la paluche. Ça pulsait comme une rage de dents qui rend fou. Ma main gauche fouillait la pharmacie, brave fille, à la recherche d'un truc de circonstance. Peroxyde? Paraît que c'est dépassé. Alcool à friction? Idem. Y disent que ça ne devrait même plus exister dans nos trousses maison. Faut laver les plaies à l'eau et au savon, comme il faut, et puis basta. Ou avec du Enacéelle. De l'eau pis du sel! J'avais la tête qui tournait, comme quand je me suis évanouie dans un cinéma de Rouyn-Noranda le printemps dernier. Faisait chaud, j'étais en sueur. Me suis levée de mon siège et j'ai juste eu le temps de sortir de la salle, ça silait dans ma tête et vlan! par terre, black-out. Puis mon corps avait fait équipe ensemble pour me faire ramper jusqu'aux chiottes, là où je vous épargne des détails peu ragoûtants. C'est à ça que je pensais hier, pendant que ma main gauche essayait d'être serviable. Elle a eu le temps de me trouver un Non-Adherent Dressing de 3 par 4 pouces et une rondelle de tape avant que mes membres inférieurs ne décident de flanchir juste ce qu'il faut pour s'asseoir sans tomber. Du Enacéelle, cibolac! Avoir su ça avant, dans le temps que j'étais au cégep par exemple, je n'aurais jamais osé déverser de la vodka sur une plaie de pied... Quelle gâchis! Quel gaspillage! Je me l'avais joué cowboy, le pied dans le lavabo, à croire que j'allais désinfecter ça ben comme il faut! Avoir su...
Ah salvatrice sensation que celle procurée par un plancher de salle de bain! La froideur des carreaux de céramique quand on s'y étend de tout son long... qui n'y a pas goûté un jour ou l'autre dans sa vie? Léo s'est approché de mon cadavre et il s'est mis à me renifler le front. Il pensait peut-être que je voulais jouer. Pendant que j'oeuvrais à une catin de fortune sur mon pouce endolori qui s'entêtait à saigner encore, je sentais ses vibrisses me chatouiller. Ma main gauche a pris un break, tandis que mon pouce droit me soufflait toujours des m'escuse, m'escuse. Fallait maintenant que je me traîne jusqu'à mon lit. J'ai dit Ok la gang, un dernier coup de coeur - comme quand mon père voulait que je l'aide à couper des palettes pour en faire du bois de chauffage - et je me suis relevée, pour aller me recoucher plus loin, dans ma chambre où il fait frette. Le climatisateur était à fond, réglé à 20 degrés Celcius.
Hier, il faisait quoi, 35 dewor? Amenez-moi un moins trente pis je ne chialerai pas, c'est promis.

29.8.08

KESSE TU FAIS, LÀ... MOUAIN... MOÉSSI...

Osti de téléphones cellulaires de marde de cul de christ.

L'homme ne supporte pas la solitude. Il paraît ben mieux quand il a l'air busy.

Devant un étal de légumes, dans une salle de cours, debout dans l'autobus, sul trottoir, dans les chiottes, au cinoche, en bécik, au volant, le cul sur un banc de parc, de salle d'attente, devant la caissière, dans un concert.

Osti de téléphones cellulaires de marde de cul de christ.
Pouvez ben crever d'un cancer du cerveau, m'en balance.

26.8.08

LE RANG SIX



"Comme je connais ma bête, j'sus allé le r'joindre dans l'rang six". Mon chien robbeur de Fred Fortin

Non loin du rang six, une patante à vacanciers. Recommandée, certes. Mais pas un lendemain de veille sous la menace d'un ciel électrique. Ah pis pourquoi pas. Monologue garanti et sacres bien sentis. Étonnant ce qu'on peut faire avec deux ti-mousquetons et une tite-poulie. Ça fait descendre le cipate, la tourtière, name it. Et ça donne soif.

2.8.08

LE SURVENANT


"Empty pockets will allow a greater sense of wealth"
Far Behind
Album : Into the wild
It's okay, it's okay.
I'll be there.
Même à ce prix-là.
J'peux pas manquer ça.
Chante toujours, beau marle, chante-nous tes chansons.

11.6.08

COMBUSTION LENTE

Il empila quelques bûches sur sa poitrine et en faisant demi-tour, il entendit un hurlement.

-Toi, mon petit christ, viens pas chier sur mon terrain!

19.5.08

JE PARLE FORT, MAIS JE NE SUIS PAS RIDICULE

Je m’étais dit bah, vas-y, force-toi un peu, tu vas peut-être rencontrer du monde intéressant. Enchantée par la publication d’une de mes nouvelles – la deuxième dans la même revue – j’ai pensé aller serrer la pince aux responsables récidivistes. Ça se passait dans une librairie indépendante d’une rue branchée de Montréal, une librairie grosse comme ma main. Sous l’éclairage brut des néons il y avait des revues empilées au milieu du vingt pieds carrés d'espace. Des gens partout, serrés par kit de trois ou quatre. « Vous venez pour le lancement ? » Le propriétaire de la place faisait office d’hôte, fort sympathique d’ailleurs, et a pointé la pile de revues immaculées et flambant neuves en m’invitant à en prendre un exemplaire. J’ai enlevé mon manteau et je me suis dirigée right away vers le mini-bar où le vin m’appelait, question de me calmer les nerfs. J’ai eu le temps, en dix minutes top chrono, de faire le tour, de zyeuter la place et les visages absorbés. J’ai même poussé l’audace en expédiant quelques sourires. J’ai fureté les livres le long des murs, d’un air faussement décontracté, puis je suis allée à la toilette me cacher pendant quelques minutes. Claustrée entre quatre murs, je me suis dit tout bas qu’est-ce que tu fais là ? Tu vas faire ta sauvage, comme d’habitude ? Tu pourrais gueuler « Je parle fort, mais je ne suis pas ridicule ! » comme dans un film de Robert Lepage. Au lieu de cela, j’ai tenté quelques pas supplémentaires dans la foule, j’ai lu en diagonale quelques passages de la revue et finalement, je me suis décidée à aller chercher mon manteau dans l’arrière-boutique. Il était là, quelque part parmi les autres, dans une montagne qui rappelait un vestiaire du Jour de l’An. D’un pas régulier, je me suis dirigée vers la sortie. Trois mecs fumaient dehors. L’un d’eux s’est retourné vers moi et m’a remercié d’être passée. Un organisateur peut-être. Ou un membre du comité. J’aurais pu lui demander son nom, je ne sais pas, me présenter vaguement. Je me suis contentée d’un « C’est moi. Bonne soirée » et j’ai mis le cap au nord, lentement, en me disant que j’étais vraiment pas sociable. Dans le métro, j’ai repensé à L’homme isolé de Louis Hamelin.

« Lecteur, si tu rêves toi aussi de devenir écrivain, mais es incapable de comprendre ce que je ressentais lorsque, pendu à un téléphone public sur la bruyante mezzanine du Salon du Livre, j’ai annoncé à ma mère que mon roman était accepté et sortirait chez Québec Amérique, je te conseille de faire carrière dans la Sûreté du Québec. [1]»

Je ne suis que l’auteur de quelques textes parus dans des revues, un auteur de type B selon les règles du CALQ. Entre un quart de travail à mettre des pots d’urine dans des sacs biorisque et un quart uqamien à essayer de finir mon bac, j'avance mes trucs. Quand le temps sera venu, je n’appellerai peut-être pas ma mère puisqu’elle ne répond plus au téléphone depuis longtemps, mais chose certaine, je ne ferai jamais une carrière dans la Sûreté du Québec.

[1] Louis Hamelin, L’homme isolé, Montréal, Éditions Trois-Pistoles, coll. Écrire, 2006, p.41.